Tout d'abord...

 

D'après les textes que j'ai pu consulter, il m'est apparu que les exégètes de la Bible se sont généralement situés sur un plan moral pour développer leurs analyses et confirmer leurs conclusions.

Ce mode de pensée et d'action est parfaitement légitime, efficace et utile. Je le respecte donc.

Mais je ne le partage pas!

Cette lecture habituelle de ce texte, qui souligne les notions de péché, de chute, de faute, lors même, comme je l'ai indiqué, que ces termes n'y figurent nullement, cette lecture habituelle donc entraîne deux conséquences :

1. L'affirmation, intégrée dans le dogme religieux, de la damnation de l'humanité depuis les origines
2. Le dogme encore du rachat des péchés des Hommes - et donc du tout premier - par le Christ

 

 

 

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Mon propos est donc de tenter de me situer exclusivement au plan symbolique - c'est-à-dire, entre autre, hors de toute morale - non pour exclure les autres opinions mais, bien au contraire, pour les renforcer, pour les étayer d'une dimension supplémentaire.

Puisque j'ai acquis la conviction profonde que les Sages égyptiens avaient raison lorsqu'ils utilisaient un langage à trois niveaux de lecture et que j'ai le sentiment - intuitif mais puissant - que seul le troisième niveau est source de Connaissance, et par conséquent de Sagesse, je m'efforcerai donc d'éclairer ce troisième niveau, et ce troisième niveau seul.

Libre à chacun, bien évidemment, de s'intéresser aux deux autres.


Le premier mot de la Torah est Beréchit, qui signifie au commencement :

Le Zohar
"Par delà ce point, c'est l'inconnu, aussi est-il appelé : "commencement", dire premier de tout."

 

Josy Eisenberg, Armand Abecassis:
A Bible ouverte

"La Torah commence par la lettre beth qui est la deuxième lettre de l'alphabet hébraïque. Avant beth, il y a la lettre aleph, qui équivaut numériquement au chiffre 1. Avant le monde de la dualité qui est celui où nous vivons, il y a le monde de l'Unité, celui de Elohim."

Le premier livre de la Bible s'intitule, en langue française : "La Genèse". Il comporte 50 chapitres et nous raconte l'histoire du Monde depuis la création jusqu'à la mort de Joseph, dernier des descendants directs de la lignée d'Abraham, au moins tels qu'ils sont cités dans la Bible.

La première phrase de ce livre est traduite de manières différentes selon les éditions et nous pourrions constater qu'il en va de même pour un grand nombre de versets de ce Livre.

 

Ainsi la T.O.B. nous propose :
"Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre…"
alors que la Bible de Jérusalem écrit :
"Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre…".
De même, La Bible Chouraqui indique :
"ENTÊTE Elohîm créait les ciels et la terre…"
quand l'édition œcuménique de langue anglaise choisit :
"In the beginning God created the heavens and the earth…"
ce qui rejoint la version de Jérusalem, à l'exception du mot ciel qui, en anglais, est au pluriel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces variantes, qui pourraient donner lieu à de longues digressions, ne sont rappelées ici que pour souligner combien la compréhension d'un texte comme celui-ci est liée à la version, à la traduction sur laquelle on s'appuie.

D'autre part, il n'est sans doute pas nécessaire de démontrer que ce texte est un mythe - cela apparaît comme une évidence - ni par conséquent de rappeler que tout mythe étant symbolique, il inclut trois niveaux de lecture.

 

Ainsi que l'a écrit Fabre d'Olivet:

"…les Prêtres (égyptiens) avaient trois manières d'exprimer leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbolique et figurée, la troisième sa-crée ou hiéroglyphique. Ils se servaient, à cet effet, de trois sortes de caractères, mais non pas de trois dialectes, comme on pourrait le penser. Le même mot prenait à leur gré le sens propre, figuré ou hiéroglyphique. Tel était le génie de leur langue. Héraclite a parfaitement exprimé la différence de ces trois styles, en les désignant par les épithètes de parlant, signifiant, et cachant…"


Je vais donc tenter ici de mettre en lumière le sens cachant de ce texte, au moins tel qu'il m'apparaît.


La Genèse, donc, raconte les commencements du monde. On y trouve le récit du Déluge, l'histoire de la tour de Babel, de la destruction de Sodome et Gomorrhe, le récit des vies des patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, jusqu'à l'installation des Hébreux en Egypte et la mort de Joseph.

Quel est l'auteur - ou quels sont les auteurs - de ce Livre? A ma connaissance, je l'ai déjà indiqué, aucune réponse certaine ne peut être apportée à cette question. Une hypothèse, pourtant, me semble plus riche de potentialités symboliques que les autres. Fabre d'Olivet fut un de ceux qui la défendirent, et d'autres depuis l'ont reprise. Le Pentateuque, qui contient la Genèse, aurait été rédigé, au moins dans ses grandes lignes, par Moïse. Or, toujours selon cette hypothèse, Moïse était un grand initié du temple égyptien. Il aurait donc mis dans son récit, sous une forme voilée, symbolique, toute la connaissance qu'il y avait acquise.

Fabre d'Olivet le précise ainsi:

"Fils du passé et gros de l'avenir, ce livre, héritier de toute la science des Egyptiens, porte encore les germes des sciences futures. Fruit d'une inspiration di-vine, il renferme en quelques pages et les élémens de ce qui fut, et les élémens de ce qui doit être. Tous les secrets de la nature lui sont confiés. Tous. Il rassemble en lui, et dans le seul Beraeshith, plus de choses que tous les livres entassés dans les bibliothèques européennes…"


Si l'on admet que le monde ait un sens - même inconnu des hommes - et que la Bible contienne, ce qui me paraît évident, au moins une des explications possibles, pourquoi ne pas accepter l'idée que cette réponse soit celle du Temple égyptien?

Le Temple égyptien

Comment pénétrait-on dans ce Temple, lorsque l'on souhaitait être autre chose qu'un visiteur superficiel? Comment y acquérait-on cette Connaissance des causes, des réactions et des effets, cette science sacrée que les Sages - à ne pas confondre avec les prêtres - nous ont transmis dans le secret des hiéroglyphes? On y pénétrait, et on n'y pénétrera jamais, que d'une seule manière : par l'initiation. Et Moïse, qui, à mon sens, le savait évidemment bien, a pu vouloir indiquer, en langage caché, que le passage en ce monde doit être vécu comme une épreuve initiatique, menant vers un autre état de conscience.

 


 

 

 

 

 

 

 

Parmi les différents épisodes contenus dans ce Livre, l'un d'eux, me semble-t-il, peut être compris comme correspondant exactement à cette signification. A ce titre - et à d'autres - il mérite que l'on y attache une attention particulière : il s'agit du récit de ce qu'il est convenu d'appeler le péché originel, que la Bible de Jérusalem intitule La chute et la Bible Chouraqui Un serpent nu alors que les autres versions ne le nomment pas spécifiquement.

Ce texte nous montre comment Eve, tentée par le Serpent, incita Adam à croquer la pomme d'où il résulta que Dieu les chassa du Paradis terrestre.

Ainsi résumé, et donc édulcoré, cet épisode entraîne la réaction habituelle : quelle vilaine bête que ce serpent et combien Adam et Eve furent benêts de se laisser tenter! Sans cela, nous vivrions tous, éternellement, sans avoir à travailler, sans souffrance et dans une félicité permanente.

Car c'était bien cela, n'est-ce pas, le Paradis Terrestre?

Je crains, hélas, que ce ne soit pas si simple, et pour tenter de comprendre pourquoi, nous allons maintenant analyser en détails les 24 versets de ce chapitre 3 de la Genèse. Et afin d'approfondir autant que faire se peut cette exploration, nous nous efforcerons à des comparaisons. Comparaisons entre les quatre traductions déjà citées, mais aussi comparaisons avec d'autres interprétations.

Celles-ci sont nombreuses et variées ; chacune présente un éclairage particulier qui dépend de la culture, de l'état d'esprit, de la formation de celui ou ceux qui la formulent. Ainsi on peut y trouver une signification morale, un sens kabbalistique, un éclairage symboliste, etc…

Au fil de cette analyse, je tenterai d'en proposer certains, sans choisir, sans prendre autrement parti qu'en indiquant ma préférence, mon opinion, mais sans prétendre qu'elle est la seule bonne.

J'espère ainsi permettre à chacun de se déterminer en connaissance de cause, donc librement, pour peu que cela semble utile.