La Genèse selon Fabre d'Olivet

 

Enfin, last but not least, la "traduction correcte" de la "version littérale" telle que proposée par Fabre d'Olivet.
A travers une vision tout à fait personnelle de la Genèse, qu'il nomme "cosmogonie de Moyse" et qu'il traduit d'une manière très spécifique, Fabre d'Olivet nous propose une interprétation entièrement différente.

Même sans y adhérer totalement, on ne peut s'empêcher d'être frappé par les ouvertures nouvelles et imprévues que l'on peut y découvrir.

Sans doute, il est difficile de considérer cette thèse comme totalement fondée, et surtout, évidemment, comme exclusive, mais un éclairage supplémentaire, même contestable - et contesté, au moins par certains - n'est jamais inutile.

A charge pour chacun de garder l'esprit critique aiguisé et de ne pas oublier que cet ouvrage date du premier quart du XIXème siècle.

Si l'on veut bien admettre, sinon le bien-fondé du vocabulaire français utilisé, au moins son efficacité, on pourra y apercevoir des portes nouvelles que chacun demeurera libre de tenter, ou non, de franchir.

Le texte proposé en complément, intitulé La langue hébraïque de Moïse pourra sans doute y aider.

Les titres que cet auteur donne aux différents chapitres de ce livre peuvent d'ailleurs éclairer utilement sur sa vision générale. Les voici tels qu'ils figurent dans la table des matières :
Ch. I. La Principiation
Ch. II La Distinction
Ch. III L'Extraction
Ch. IV La Multiplication divisionnelle
Ch. V La Compréhension facultative
Ch. VI La Mesure proportionnelle
Ch. VII La Consommation des choses
Ch. VIII L'Entassement des especes
Ch. IX La Restauration cimentée
Ch. X La Puissance agrégative et formatrice.

Mais restons à ce qui fait l'objet de cette étude, le Chapitre III " L'Extraction " :

1. Cependant, Nahash, l'Attract originel, la Cupidité, cette ardeur interne, ap-pétante, était la passion entraînante de la vie élémentaire, le principe intérieur de la Nature, ouvrage de IHOAH. Or, cette Passion insidieuse dit à Aïsha, la faculté voli-tive d'Adam, pourquoi vous a-t-il recommandé, LUI-les-Dieux, de ne pas vous alimenter de toute la substance de la sphère organique ?

2. Et la Faculté volitive répondit à cette Ardeur cupide : nous pouvons sans crainte nous alimenter du fruit substantiel de l'enceinte organique.

3. Mais quant au fruit de la substance même qui est au centre de cette enceinte, il nous a dit, LUI-les-Dieux, vous n'en ferez pas aliment ; vous n'y aspirerez pas votre âme, de peur que vous ne vous fassiez inévitablement mourir.

4. Alors Nahash, l'attract originel, reprit : non, ce n'est pas de mort que vous vous ferez inévitablement mourir.

5. Car, sachant bien, LUI-les-Dieux, que dans le jour où vous vous alimenterez de cette substance, vos yeux seront ouverts à la lumière, il redoute que vous ne deveniez tels que LUI, connaissant le bien et le mal.

6. Aïsha, la faculté volitive, ayant considéré qu'en effet cette substance, mutuellement désirée par le sens du goût, et par celui de la vue, paraissait bonne, et la flattait agréablement de l'espoir d'universaliser son intelligence, détacha de son fruit, s'en nourrit ; et en donna aussi avec intention à son principe intellectuel, Aïsh, auquel elle était étroitement unie ; et il s'en nourrit.

7. Et soudain leurs yeux s'ouvrirent également ; et ils connurent qu'ils étaient dénués de vertu, de lumière propre, stériles, révélés dans leur obscur principe. Ils firent alors naître au-dessus d'eux une élévation ombreuse, voile de tristesse mu-tuelle et de deuil, et se firent des vêtements passagers.

8. Cependant ils entendirent la voix même de IHOAH, l'Etre des êtres, se portant en tous sens dans l'enceinte organique, selon le souffle spiritueux de la lumière du jour. L'universel Adam se cacha de la vue de IHOAH, avec sa faculté volitive, au centre de la substance même de l'enceinte organique.

9. Mais IHOAH, l'Etre des êtres, se fit entendre à Adam, et lui dit : où t'a porté ta volonté ?

10. Et Adam répondit : j'ai entendu ta voix dans cette enceinte ; et voyant que j'étais dénué de vertu, stérile, révélé dans mon obscur principe, je me suis caché.

11. Et l'Etre des êtres reprit : qui t'a donc enseigné que tu étais ainsi dénué, si ce n'est l'usage de cette même substance dont je t'avais expressément recom-mandé de ne t'alimenter nullement ?

12. Et Adam répondit encore : Aïsha, la faculté volitive que tu m'as donnée pour être ma compagne, c'est elle qui m'a offert de cette substance, et je m'en suis alimenté.

13. Alors, IHOAH, l'Etre des êtres, dit à la Faculté volitive, pourquoi as-tu fait cela ? et Aïsha répondit : Nahash, cette passion insidieuse, a causé mon délire, et je me suis alimentée.

14. Et IHOAH, l'Etre des êtres, dit à Nahash, l'attract originel : puisque tu as causé ce malheur, tu seras une passion maudite au sein de l'espèce animale et parmi tout ce qui vit dans la Nature : d'après ton inclination tortueuse tu agiras bassement, et d'exhalaisons élémentaires tu alimenteras tous les momens de ton existence.

15. Je mettrai une antipathie profonde entre toi, Passion cupide, et entre Aïsha, la faculté volitive ; entre tes productions et ses productions : les siennes compri-meront en toi le principe du mal, et les siennes comprimeront en elle les suites de sa faute.

16. S'adressant à Aïsha, la faculté volitive, il lui dit : je multiplierai le nombre des obstacles physiques de toutes sortes, opposés à l'exécution de tes désirs, en augmentant en même temps le nombre de tes conceptions mentales et de tes en-fantements. Avec travail et douleur tu donneras l'être à tes productions ; et vers ton principe intellectuel, entraînée par ton penchant, tu subiras son empire, et il se représentera en toi.

17. Et à l'Homme universel, Adam, il dit ensuite : puisque tu as prêté l'oreille à la voix de ta faculté volitive, et que tu t'es nourri de cette substance, de laquelle je t'avais expressément recommandé de ne t'alimenter nullement, maudit ! soit l'élément adamique, homogène, et similaire à toi, relativement à toi : avec an-goisse tu seras forcé d'en alimenter tous les momens de ton existence.

18. Et les productions tranchantes, et les productions incultes et désordon-nées, germeront abondamment pour toi : tu te nourriras des fruits âcres et dessé-chés de la Nature élémentaire.

19. Tu t'en nourriras dans l'agitation continuelle de ton esprit, et jusqu'au mo-ment de ta réintégration à l'Élément adamique, homogène et similaire à toi : car comme tu as été tiré de cet élément, et que tu en es une émanation spiritueuse, ain-si c'est à cette émanation spiritueuse que tu dois d'être réintégré.

20. Alors l'universel Adam, assigna à sa faculté volitive Aïsha, le nom de H'eva, existence élémentaire ; à cause qu'elle devenait l'origine de tout ce qui constitue cette existence.

21. Ensuite IHOAH, l'Etre des êtres, fit pour Adam et pour sa compagne intel-lectuelle, des sortes de corps de défense dont il les revêtit avec soin.

22. Disant, IHOAH, LUI-les-Dieux : voici Adam, l'Homme universel, devenu semblable à l'un d'entre nous, selon la connaissance du bien et du mal. Mais alors, de peur qu'il n'étendît la main, et qu'il ne se saisît aussi du principe substantiel des Vies, qu'il ne s'en nourrit, et qu'il ne vécût en l'état où il était, durant l'immensité des temps ;

23. IHOAH, l'Etre des êtres, l'isola de la sphère organique de la sensibilité tem-porelle, afin qu'il ellaborât et servit avec soin cet Elément adamique, hors duquel il avait été tiré.

24. Ainsi il éloigna de son poste cet Homme universel, et fit résider du principe de l'antériorité des temps, à la sphère sensible et temporelle, un être collectif ap-pelé Cherubim, semblable à la puissance multiplicatrice universelle, armé de la flamme incandescente de l'extermination, tourbillonnant sans cesse sur elle-même, pour garder la route de la substance élémentaire des Vies.