L'Attirance

Verset 6

 


Le texte, on le voit en comparant les différentes versions, insiste principalement sur le caractère intellectuel de l'attirance exercée par l'arbre.

Le Péché originel, Hugo van der Goes (1440-1482)
Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche

 

 

Avant même d'avoir goûté à son fruit, donc d'en connaître la saveur, la femme voit qu'il est bon à manger ; et le texte insiste sur cette perception visuelle et non gustative : "séduisant à regarder" "appétissant pour les yeux". Quant au dernier argument, il renforce absolument cette perception puisqu'il s'écarte totalement de toute notion de gourmandise en montrant que le plus important fut l'acquisition de la lairvoyance, de la perspicacité.

Et en quoi ces notions, ces qualités peut-on même dire, que la Femme souhaite acquérir - ou plus exactement sans doute, faire acquérir - peuvent-elles être considérées comme négatives? Sur quelque plan que l'on se situe - rationnel ou symbolique - il n'y a rien là de condamnable.

Si donc on accepte de ne pas considérer cette idée sur un plan exclusivement rationnel, mais aussi, mais surtout, au plan symbolique, on constate de manière évidente que l'aspiration de la femme à goûter au fruit de l'arbre n'est autre que l'aspiration à l'initiation.

En effet, dans toutes les traditions, en tous lieux et de tout temps, l'initiation fut et demeure une introduction, non pas à un monde nouveau, mais à une nouvelle perception du monde, plus éclairée, plus profonde. Et surtout, bien évidemment, ce qui est le plus important, à une meilleure connaissance de soi-même.

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Les rabbins, dont le Zohar rapporte les réflexions, ont eux, par contre, une approche quelque peu différente :

La femme vit aussitôt "que l'arbre est bon…". En quoi le vit-elle bon? Rabbi Isaac dit : Des parfums s'exhalaient de cet arbre, comme il est écrit : "Tel le parfum du champ que YHVH a béni" (Gen.27 :27). C'est donc l'odeur qui s'élevait de l'arbre qui lui fit désirer en manger. Rabbi Yossi affirma : [Ce n'est pas l'odeur] mais la vision [qui fit naître le désir]. Rabbi Juda lui répliqua, Il est pourtant écrit : "Leurs yeux s'ouvrirent", [c'est donc qu'avant de manger de l'arbre elle ne voyait pas]. Rabbi Yossi répondit : La première vision était une représentation intérieure de l'arbre. S'il est écrit "la femme vit" c'est qu'elle eut vraiment une vision de l'arbre. "La femme vit que l'arbre est bon", elle le vit sans le voir. Elle vit que l'arbre est bon, mais ne s'en contenta pas. Il est écrit juste après : "Elle prit de son fruit". Il n'est pas écrit : "Elle prit de l'arbre" mais "elle prit de son fruit", ce qui l'amena à s'attacher au lieu de mort et à faire ad-venir la mort pour le monde tout entier…

 


Il me paraît indispensable, pour ne pas se méprendre sur le sens de ce commentaire, de ne pas oublier que, dans ce contexte, au moins à mon sens, la mort est indissociable de la résurrection, autre évidence contenue dans l'initiation.


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