Les Tuniques de Peau

Verset 21

 


La compréhension du sens symbolique de ce verset est particulièrement complexe.

La première image susceptible de venir à l'esprit est celle de vêtements taillés par Dieu dans la peau d'un animal - dont l'espèce n'est d'ailleurs pas précisée, ce qui doit nous alerter - dans le but de permettre à ces deux êtres humains de se protéger, entre autre des rigueurs du climat. Nous avons alors une image d'Adam et Eve comparable à celle que la science nous donne des hommes préhistoriques et qui nous rappelle le poème de Victor Hugo dans La Légende des Siècles :

"Lorsque avec ses enfants, vêtus de peaux de bêtes
Echevelés, livides, au milieu des tempêtes…"

Cette hypothèse est envisageable sans doute, mais elle ne peut évidemment se situer qu'au premier niveau de lecture de cette symbolique.

Cependant, puisque nous envisageons, dans cette étude, que la signification du Chapitre 3 soit celle d'une initiation, il peut être intéressant de rechercher un éclairage complémentaire dans certains rites initiatiques.

Rappelons ici que le principe de toute initiation consiste à faire passer le néophyte d'un état de conscience donné à un autre, qui lui soit supérieur - même de très peu - dans l'ordre de l'expérimentation héroïque, dans le domaine de l'intelligence du cœur. Cela s'exprime parfois par l'expression : "tuer le vieil homme". Il s'agit donc d'un processus symbolique de mort et de résurrection dont le récipiendaire sort transformé, transfiguré peut-on même dire.

Ainsi, le fait ici que Dieu revête Adam et sa femme de tuniques de peau marque bien aussi cette transformation.

Comme nous l'enseigne le papyrus égyptien: "…nous voici disposé à vivre de nouveau.
Nous avons pénétré dans la mer primordiale.
Elle a rendu vigueur
à celui qui refait (sa) jeunesse.
(Que le vieil homme) soit dévêtu,
un autre est habillé!"

 

 

Et puisque Dieu les revêt de manteaux (tuniques, aubes ou corps de défense, selon la traduction), cela pourrait signifier que, jusqu'à cet instant, leur corps était différent. Mais différent de quoi? Du corps humain actuel?

Cela mènerait évidemment à se rattacher à la théorie évolutionniste, mais parce qu'elle est purement rationnelle, elle n'a rien à faire en symbo-lisme et s'y référer ici serait donc se fourvoyer absolument.

Analogiquement, on pourrait envisager que Aïsh et Aïsha étaient, auparavant, des êtres éthérés, sans contact avec la matière, donc physiquement libres, mais par conséquent spirituellement enfermés, limités, prisonniers peut-être? Cela renforcerait cette idée que Dieu ne pouvait pas ne pas leur donner la possibilité d'acquérir cette liberté que l'on nomme aujourd'hui le "libre arbitre", seule véritable liberté, puisque seule possédant une alternative véritable.

Si nous choisissons de reprendre ici le terme de "chute" - mais dans son acception symbolique et non morale - nous pouvons presque apercevoir Adam et Eve comme éberlués du saut qu'ils viennent d'accomplir et totalement inadaptés à leur nouvel environnement.

Peut-être cela signifie-t-il qu'auparavant l'Homme et la Femme étaient plus proches, par leur nature, de ce que l'on nomme par ailleurs les "anges", êtres de pur esprit, que des animaux, constitués d'un corps bien matériel?

Leur corps était différent, ai-je dit. Mais en avaient-ils un, seulement?

La question, bien qu'insoluble, mérite d'être posée, puisqu'elle donne un éclairage différent, donc enrichissant.

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