L'Orient

Versets 23 & 24

 

Afin que l'Homme nouvellement initié puisse suivre sa voie, il lui faut maintenant effectuer son parcours héroïque en vivant son expérimentation terrestre. Il doit donc d'abord être une créature mortelle, afin de pouvoir la vivre totalement - et la liberté qu'il possède est d'atteindre ou non à cette plénitude.

De même que nous avons vu que le Serpent de la Genèse n'est pas unique en son genre, l'immortalité à laquelle Dieu empêche l'Homme d'accéder, au moins de cette façon, est déjà évoquée dans un autre mythe fondateur, bien antérieur à la Genèse de Moïse, intitulé "L'épopée de Gilgamesh" , où, entre autres, une fleur, une étendue d'eau et un serpent jouent aussi un rôle non négligeable.

Maintenant que le couple symbolique a pris conscience de ce qu'il est réellement et que sa tâche lui a été assignée, il lui faut se rendre à pied d'œuvre. Cela implique évidemment qu'il quitte ce lieu spirituel qu'est le Jardin d'Eden pour entrer dans le monde matériel.

Et il ne pourra retrouver de chemin de l'Eden - et avec lui tous ses descendants - qu'après avoir parcouru le cycle complet de la Connaissance.

 

Paradis
Hieronymus Bosch 1510

 

C'est donc par le travail et l'effort qui lui ont été prescrits, c'est par l'expérimentation héroïque qu'il atteindra à la maîtrise, de lui-même et du monde, puis qu'il passera au dernier niveau de conscience, supérieur à tous, en retournant, par l'apparence de la mort, vers son état premier, non matériel.

 

Le verset 24 comporte à cet égard un élément fondamental sur lequel les différentes traductions ne se rejoignent pas cependant.

Il est écrit : " … il posta les Chérubins à l'orient du jardin d'Eden… ".

Au premier niveau de lecture, il peut paraître étrange que seul l'Orient soit protégé par l'équivalent d'un poste de garde. Qu'en est-il du Septentrion, de l'Occident et du Midi? L'Homme ne pourrait-il tenter de revenir par ces trois autres côtés?

 

Mais le Jardin d'Eden n'existe évidemment pas sur le même plan, il ne fait pas partie du monde matériel ; le Jardin d'Eden est un symbole.

 

Si les Chérubins sont à l'Orient du jardin pour garder le chemin, c'est que seul l'Orient est en contact avec le monde matériel, comme un point tangentiel entre deux cercles : c'est le seul point de passage.

L'analogie qui me semble la plus parlante est ici celle du miroir : le jardin est de l'autre côté du miroir et il nous faut en traverser l'apparence pour y atteindre. Cette idée se retrouve d'ailleurs, me semble-t-il, dans la symbolique égyptienne : les deux lions "Aker" assis dos à dos regardent chacun dans une direction opposée et sont dénommés "hier" et "demain". Mais "hier" et "demain" ce ne sont pas seulement les deux journées qui encadrent "aujourd'hui", ce peuvent être aussi le passé et le futur encadrant l'instant présent et, par extension mais sans changement de nature, l'état antérieur et l'état futur d'un être présent.

Mais s'il y a miroir, il y a donc inversion. L'orient du jardin et l'orient du monde coïncident. Le monde d'après serait l'image inversée du monde d'avant, la matière, où nous sommes aujourd'hui, serait l'inverse de l'esprit d'où nous venons - et où nous allons retourner?

Le couple symbolique est passé de l'autre côté du miroir pour entrer dans le monde matériel et c'est en parcourant le chemin inverse, en retraversant le miroir, que l'être humain retrouvera son origine spirituelle et symbolique afin de retourner à l'unité dont il est issu.

C'est donc en passant de l'occident à l'orient du monde que l'homme pourra de nouveau franchir la porte du jardin d'Eden.

C'est donc en passant de l'occident à l'orient du monde, que l'homme pourra, s'il le veut, s'il en est capable, suivre le chemin tracé par le Christ tel qu'il est décrit dans les Evangiles.

Dieu l'a créé dans ce but et lui a donné la liberté de s'engager ou non dans le chemin de l'expérimentation héroïque car seul l'effort librement consenti peut apporter le complément d'harmonie nécessaire à l'évolution de l'Univers.

"…il posta les Chérubins …avec la flamme de l'épée foudroyante - tournoyante - pour garder le chemin de l'arbre de vie."

Peut-on voir ici une menace telle que celle de l'épée maniée par un bretteur, ou bien s'agit-il d'autre chose? L'épée flamboyante qui fait partie de certains rituels initiatiques ne serait-elle pas plus évocatrice à cet égard? Et la lumière qui émane de cette flamme ne pourrait-elle pas être celle de la Connaissance absolue, telle qu'elle est symbolisée à l'Orient de certains temples, églises et cathédrales, par un triangle lui-même souvent flamboyant?


 

Il n'est incontestablement pas prouvé que ce livre ait Moïse pour auteur. Sans doute ses rédacteurs - ses scribes - se sont-ils inspirés d'une tradition orale ayant subi nombre de modifications, d'ajouts, de retraits, nombre d'avatars.

Cependant, j'ai aujourd'hui la conviction que, même pour qui n'admet pas que Moïse en soit l'auteur - chacun reste évidemment libre à cet égard - le caractère initiatique de ce texte demeure manifeste pour quiconque possède la Connaissance suffisante pour le comparer de manière précise avec les autres traditions initiatiques et plus particulièrement avec la tradition égyptienne. Moïse ou pas, certitude ou doute, le lien n'en est pas moins patent avec l'Egypte pharaonique!