Par ailleurs...

 

Non seulement les origines de la Genèse sont incertaines, ainsi que nous l'avons vu, mais différents récits présents dans d'autres traditions et mythologies, utilisent tel ou tel aspect de ce chapitre 3, à moins, bien entendu, que l'on ne préfère admettre qu'ils en sont l'une des sources.

Ainsi, Robert Graves et Raphael Patai écrivent :
" Reste que la Genèse abrite encore les vestiges de récits concernant d'anciens dieux et déesses - déguisés en hommes, en femmes, en anges, en monstres ou en démons. Eve, présentée dans la Genèse comme l'épouse d'Adam, est identifiée par les historiens à la déesse Héba, épouse d'un dieu hittite de l'orage, qui chevau-chait nue un lion et qui, chez les Grecs, devint la déesse Hébé, fiancée d'Héraclès. Un prince de Jérusalem de la période de Tell Amarna (XIVe siècle avant J.-C.) se donna le titre de Abdu-Heba - " serviteur d'Eve "… "


Différents mythes contiennent également des récits de commencement, de transformation, sinon du premier homme, au moins d'un homme premier en son genre, premier en ses caractéristiques.

Ainsi, à propos d'un autre récit mythique, Robert Graves et Raphael Patai nous disent ceci :
" Certains éléments du mythe de la chute de l'homme remontent à une époque très ancienne ; mais leur agencement est tardif et fait même songer par endroits à une influence grecque. L'Epopée de Gilgamesh, dont la toute première version peut être datée des alentours de 2000 avant J.-C., décrit comment Aruru, la déesse sumérienne de l'amour, créa avec de l'argile un sauvage de noble allure du nom d'Enkidu, qui brouta parmi les gazelles, étancha sa soif en compagnie du bétail sauvage et s'amusa avec les dauphins

ENKIDOU
Les premiers âges

Son corps est couvert de poils
Sa chevelure est celle d'une femme
Les touffes de ses cheveux poussent comme des épis de blé.
Il est vêtu comme le dieu Soumouqan
Il ne connaît ni les hommes ni les pays
Sa seule compagnie est l'animal
Avec les gazelles il broute l'herbe avec les hardes il s'abreuve aux points d'eau.
Auprès des sources, en compagnie des bêtes sauvages
Son cœur se réjouit.

- jusqu'au moment où une prêtresse envoyée par Gilgamesh l'initia aux mystères de l'amour. Quoique aussi sage qu'un dieu, il fut désormais évité par les créatures sauvages ;

LA FEMME
L'initiatrice

La courtisane enlève ses vêtements
Dévoile ses seins, dévoile sa nudité
Et Enkidou se réjouit des charmes de son corps.
Elle ne se dérobe pas, elle provoque en lui le désir.
Elle enlève ses vêtements
Et lui Enkidou tombe sur elle.
Elle apprend à cet homme sauvage et innocent
Ce que la femme enseigne.
Il la possède et s'attache à elle.
Six jours et sept nuits Enkidou sans cesse
Possède la courtisane.
Lorsqu'il est rassasié de ses charmes
Il lève son regard vers ses compagnons
Mais en le voyant les gazelles se détournent de lui
Et les bêtes sauvages le fuient.
Enkidou est sans force,
Ses genoux le trahissent
Lorsqu'il veut suivre sa harde.
Affaibli, il ne peut plus courir comme autrefois
Mais son cœur et son esprit sont épanouis.

et c'est pourquoi la prêtresse couvrit sa nudité en se servant d'une partie de son propre vêtement, et l'amena à la ville d'Uruk où il devint le frère de sang du héros Gilgamesh. Plus tard, Gilgamesh partit en quête de l'herbe d'immortalité. Il entra dans un tunnel obscur long de douze lieues, d'où il émergea dans un pa-radis d'arbres couverts de joyaux appartenant à Siduri, déesse de la sagesse. Dé-clinant l'invitation du dieu soleil à y demeurer, Gilgamesh continua sa route jusqu'au moment où il apprit de Utnapishtim (le Noé sumérien) que l'herbe qu'il convoitait - une plante ressemblant au nerprun - poussait dans les profondeurs marines. Gilgamesh s'attacha des pierres aux pieds, plongea, trouva l'herbe et la ramena sans encombre ;

Outa-Napishtim lui dit :

" Gilgamesh tu es venu jusqu'ici
tu as enduré peines et souffrances
que puis-je te donner
pour le retour dans ton pays ?

Gilgamesh, je vais te dévoiler
Une chose cachée
Oui je vais te dévoiler
Un secret des dieux :

Il existe une plante comme l'épine
Elle pousse au fond des eaux
Son épine te piquera les mains
Comme fait la rose
Si tes mains arrachent cette plante
Tu trouveras la vie nouvelle. "

Lorsque Gilgamesh entend ces paroles
Il ouvre le conduit
Qui rejoint les eaux profondes
Il attache de lourdes pierres à ses pieds
Et descend au fond des eaux
Où il voit la plante.
Il prend la plante qui lui pique les mains
Il délie les lourdes pierres à ses pieds
Il sort du fond de la mer
Sur le rivage.

mais un serpent la lui vola tandis qu'il se rendait auprès d'une source d'eau fraîche.

Gilgamesh voit un puits d'eau fraîche
Il descend pour se baigner
Un serpent sent l'odeur de la plante
Il se glisse, dérobe la plante
Et à l'instant perd sa vieille peau.


Il se résigna tristement à mourir. "

Ce récit, l'un des plus anciens qui nous soit parvenu, se situe vers le milieu du troisième millénaire avant J.-C. Il fut gravé sur des tablettes d'argile vers l'an 2000 avant J.-C. en Mésopotamie. Partiellement redécouvertes au XIXe siècle, leur traduction complète fut achevée après les dernières trouvailles faites en 1974.

Il nous propose une histoire qui, sans pouvoir être comparée absolument au chapitre 3 de la Genèse, comporte quelques éléments qui peuvent nous aider à en éclairer la compréhension, par un rapprochement raisonnable. Les passages reproduits ci-dessus me paraissent à cet égard les plus utiles car les plus significatifs.

A chacun d'y chercher, et sans doute d'y trouver, l'enrichissement que j'y perçois.


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