Mais encore...?


Marc Chagall

" Seul l'Esprit a conscience de l'Esprit.
Ceci est Genèse en Régénération. "
R.A. Schwaller de Lubicz

 

 

 


De cette tentative d'analyse, un élément ressort évidemment. Il est clair que ce texte, pour être compris, au moins partiellement, ne doit jamais être considéré rationnellement. Tout y est symbole, et seule une vision symbolique peut permettre d'en faire apparaître les aspects cachés.

...

Aucun des personnages n'est ce qu'il paraît être, aucune des paroles, aucun des gestes ne signifie selon son apparence.

Tout y possède un sens caché.

Par conséquent il ne peut aucunement être opposé aux hypothèses et aux découvertes de la science rationnelle. Les origines de l'humanité, selon les lois de l'évolution, n'ont aucun lien, de quelque ordre que ce soit, avec ce récit. La science s'appuie sur des faits, la symbolique sur des images ; nous sommes ici devant deux parallèles qui ne peuvent se rejoindre qu'à l'infini… et encore.

Ce récit symbolique est donc un mythe au sens le plus ésotérique du terme. Et tous les mythes, en quelque lieu qu'ils se déroulent et à quelque tradition qu'ils appartiennent, répondent fondamentalement aux mêmes règles et naissent de la même évolution. Ils se différencient principalement des contes et légendes en ceci qu'ils ont toujours une origine réelle - bien que totalement oubliée, déformée, disparue même le plus souvent du récit actuel - et une signification symbolique cachée au troisième niveau de lecture.

En ce sens, le mythe conté dans la Genèse, et plus spécialement par son chapitre 3, rejoint, par sa nature sinon par sa forme, ceux que nous proposent les textes de l'Egypte pharaonique et que, sans doute, R.A. Schwaller de Lubicz a su comprendre mieux que tout autre :
"Le mythe … n'est pas une fiction ni une légende dans le sens ordinaire, mais une écriture hiéroglyphique faite de fonctions et d'abstractions anthropomorphisées. C'est une écriture, car le mythe doit être lu comme un idéogramme, dans la langue et la compréhension propre à chaque lecteur. Cette écriture est hiéroglyphique puisqu'elle ne traite que des principes divins et sacrés dans la Nature, c'est-à-dire de fonctions dans leur signification universelle, et d'abstractions qui exigent des symboles pour être exprimées. Ces fonctions sont anthropomorphisées (non pas humanisées) parce que l'homme, dans le sens cosmique, porte en lui, a en lui, tous les principes et toutes les fonctions en tant qu'ultime produit de la Nature.
… le Mythe est le moyen d'expression des Sages pour enseigner l'ésotérisme des faits naturels que nulle parole ne peut révéler."


C'est la raison pour laquelle, je le répète, ce récit mythique aurait donc une autre signification que celle habituellement envisagée, pour ne pas dire imposée. Il serait non seulement le récit d'une initiation, mais de l'initiation primordiale, de l'initiation absolue.

La ligne générale qui sous tend ce récit, au moins tel que je le perçois, montre effectivement, je crois l'avoir clairement exposé, qu'il s'agit en fait d'une épreuve initiatique ayant ainsi permis à l'humanité d'exister, non au plan physique, mais bien évidemment au plan spirituel. De ce point de vue, Adam et Eve ne représentent donc pas un Homme et une Femme - même les premiers en date - ni l'Homme et la Femme universels, mais le principe, le Neter mâle et le Neter femelle de l'espèce humaine, après leur dualisation, leur séparation.

En ce sens, leurs actes - et plus spécialement leur acquisition de la Connaissance - peuvent être regardés comme des modèles que chacun doit s'efforcer d'imiter. Si donc l'on veut bien considérer que ma lecture soit acceptable, cela entraîne que quiconque partage cette vision de ce texte devra tenter de vivre sa propre initiation - et peu importe sous quelle forme et au travers de quel symbolisme.
...

Le chapitre 3 de la Genèse n'est donc pas le récit de l'apparition de l'espèce humaine, mais plutôt, au moins selon ma perception, celui de la naissance de la Conscience, c'est-à-dire de la Vie.

Pour le dire autrement, ce texte est non seulement le récit de l'apparition de la Vie, mais surtout la mise en lumière de ce fait qui est aujourd'hui pour moi une évidence : la Vie sans un être conscient de son existence (l'Homme en l'occurrence) n'est pas la Vie.

Et si la vie peut ne pas être considérée comme absurde (cela dépend évidemment des opinions) l'Univers sans la vie est absurde parce qu'inutile. De quoi sert un contenant lorsqu'il est vide? De quoi sert un outil lorsqu'il n'existe aucun ouvrier pour s'en servir?

Et il ne suffit pas que l'ouvrier s'en serve pour justifier son existence et démontrer son utilité ; encore faut-il qu'il s'en serve bien. Encore faut-il qu'il soit capable d'un chef-d'œuvre.

...

La "chute" est donc en fait un acte de liberté. C'est la première manifestation du "libre arbitre". Si la chute n'avait pas eu lieu, les Hommes - en admettant qu'ils existent malgré cela - seraient comme des animaux, sans conscience d'être. La chute n'est rien d'autre que la mise en place de la conscience d'être, la manifestation de la liberté de l'Homme face aux commandements de Dieu. C'est parce que la désobéissance est possible, parce que Dieu l'a offerte à l'Homme, que l'Homme est libre, et donc qu'il n'est pas un animal, au sens métaphysique du terme. C'est la chute qui a rendu possible le "cogito ergo sum"!

 

De même, si Dieu n'avait pas voulu que l'Homme puisse céder à la tentation, il n'aurait créé ni le fruit défendu, ni l'instruction de n'y pas goûter, ni bien sûr le serpent tentateur. Puisque tous ces éléments constitutifs de cette histoire ont été créés, ce ne pouvait être que dans le but de les faire fonctionner, avec l'intention de les rendre opérationnels. Sinon, cela eut été absurde, et cette notion est incompatible avec l'idée de Dieu. Seul un monde sans Dieu peut être ressenti comme absurde. Avec Dieu, il ne peut être qu'incompréhensible et incompris. Mais l'hypothèse même de l'existence de Dieu intègre automatiquement le concept d'un dessein, d'une finalité, d'un but, quels qu'ils soient, que la créature ignore bien évidemment mais que le Créateur a préconçus.

 

Ainsi l'Homme est l'ouvrier de l'accomplissement de l'Univers. Sans l'Homme, rien ne peut se produire. Il est le moteur du mouvement.
...

C'est parce que l'Homme a été créé potentiellement conscient et libre qu'il peut ainsi participer à la Création...


...