Le croisement des sceptres

 

There are more things in heaven and earth, Horatio,
Than are dreamt of in your philosophy.

William Shakespeare : Hamlet, Act I, sc. V


Pour quiconque tente d’approfondir la question du principe initiatique, une évidence apparaît bientôt : l’initiation et les rituels qui la mettent en œuvre remontent à la plus haute antiquité et sans doute bien au-delà, même si les traces que nous pouvons en retrouver sont d’autant plus rares qu’elles sont plus anciennes.

De nombreux auteurs ont largement étudié et décrit ces rituels et les cérémonies durant lesquelles ils sont mis en action.

De toutes ces études, de ces sources diverses, ressort une évidence : les anciens, ceux qui les premiers ont, sinon inventé, au moins pratiqué ces rituels et ainsi libéré l’énergie qui en résulte, n’ont jamais utilisé l’initiation, pour autant que j’ai pu m’en rendre compte, que dans le seul but d’entrer en résonance avec l’Univers et en harmonie avec l’idée de la mort et le concept de l’au-delà.

Aujourd’hui où le rationalisme exacerbé de nos siècles matérialistes a le plus souvent seul droit de cité, cette évidence est oubliée quand elle n’est pas purement et simplement rejetée sans nuances lorsque l’on tente de lui redonner force et vigueur.
C’est pourtant ce que je vais tenter de réaliser ici en m’efforçant d’indiquer les raisons qui m’ont conduit à cette conviction maintenant évidente pour moi et que déjà Omar Khayyâm exprimait ainsi il y a plus de dix siècles :

Au jour de la jeunesse
Le vin nouveau prévaut !
Pour un visage pur,
Un bon vin pur prévaut !
Ce monde vieillissant,
Devenant pauvres ruines,
Etre ivre mort prévaut !


Depuis de longues années je m’intéresse à l’Egypte. A l’Egypte des Pharaons, à sa pensée, à la connaissance transmise par ses vestiges, à l’enseignement ésotérique que l’on peut éventuellement y trouver. A l’Egypte dont le message est le plus ancien qui nous soit parvenu avec une précision historique suffisante même si nous ne le comprenons que très partiellement.
Or donc, un jour, lisant cet ouvrage de Schwaller de Lubicz intitulé Le Miracle Egyptien, j’ai rencontré une image singulière représentant le croisement des sceptres.


Les questions qu’elle me posait m’incitèrent alors à tenter de mieux la déchiffrer.
Et j’ai cherché…
Et parmi les images qui nous sont offertes par les monuments de l’Egypte deux d’entre elles ont plus particulièrement retenu mon attention. Deux variantes principales qui m’ont parues susceptibles d’éclairer cette recherche en ce qu’elles complètent la première et représentent ensemble, me semble-t-il, trois étapes successives sur le chemin initiatique.


Osiris

Osiris

 

Ces images ont donc une base commune. Il s’agit dans chaque cas de la représentation soit d’un neter (Osiris le plus souvent) soit de Pharaon, portant dans leurs mains ces deux sceptres, le hekat et le nekhakha que Schwaller de Lubicz décrit ainsi :

« … Les sceptres sont : le hekat, représenté par un crochet symbolisant l'action, la semence, le ferment ; le nekhakha, que les égyptologues traduisent par le fouet ou flagellum, représenté par un bâton d'où sort un triple flux : effet de la Résistance immanente à l'Action, la substance de triple nature. … Le hekat est tenu par la main gauche, le côté qui reçoit, le Nord, le haut ; le nekhakha est tenu par la main droite, le côté qui rend, donne, fait, le Sud, le bas… »

Le sceptre est traditionnellement autant qu’historiquement l’emblème du pouvoir et de la puissance du roi ou de l’empereur. Il est d’ailleurs, à ce titre, l’un des principaux attributs du sacre du souverain. Mais, Serge Mayassis nous le rappelle, pour les égyptiens de cette époque, le sceptre est aussi la marque de l’initié :

« Le bâton est l’insigne universel de distinction, de dignité, de pouvoir et de commandement. A l'origine, branche de l'arbre sacré, il évolua et devint sceptre ; mais comme dans le bâton, le sceptre conserve logé en lui l'esprit puissant résidant dans la souche originelle, dans l'arbre. … le sceptre est devenu un insigne particulier de la royauté. Distinguant le prêtre ou l'initié parfait, il ne cesse pas d'accompagner ce même religieux, ou philosophe, dans son rôle de chef politique. Finalement en or, le sceptre devint le symbole de la lumière et de l'illumination. Il fut donc d'abord objet religieux d'initiation avant de devenir insigne royal, et son polymorphisme dérive de l'ordre hiératique, de la distinction et de l'évolution initiatrice du porteur, de ce que la présence de tel ou tel sceptre était nécessaire à telle ou telle cérémonie, selon les puissances logées en lui qui doivent participer à la réussite du rite.
Les dieux et le roi concentrent en eux toutes les puissances, tous les pouvoirs, toutes les qualités humaines et divines ; ils portent donc tous les sceptres, souvent combinés ou superposés. »
« le sceptre … est l’image propre de l’initié ; l’initié le reçoit de Thoth comme symbole de son initiation, de son illumination après avoir vu. »

Dans le cas qui nous occupe, ces deux sceptres répondent évidemment à ce critère de puissance. Mais ils sont plus que cela.

Le crochet hekat rappelle la forme de la canne du berger veillant sur ses brebis. C’est ce que rappelle Isha Schwaller de Lubicz :
« heqa, nom d’un sceptre royal en forme de crochet, exprime l’idée de ferment, qui « saisit » la pâte et la transforme en levain de sa nature, comme le crochet du berger agrippe et retient les bêtes du troupeau. »

On en trouve divers archétypes dans les textes et la fameuse verge d’Aaron, le « frère » de Moïse, en est sans doute le plus connu. De nos jours encore, la crosse des évêques s’en inspire directement.

Quant au nekhakha, que tout le monde prend pour un fouet, comment se présente-t-il ? Il est noir et blanc, binaire, et chacun des trois flux énergétiques qui en émanent est décoré de deux groupes de sept mini cônes emboîtés l’un dans l’autre : sept comme les notes de la gamme, les jours de la semaine, sept comme les étoiles des Pléiades, sept comme…

Alors, ce nekhakha, ne serait-il pas le sceptre de la création issue de la triple voie trinitaire Osiris-Isis-Horus, première triade sacrée dont les Neterou sont l'expression de la force créatrice du monde, triple voie nourrie du septénaire ? Ces cônes sont ainsi 3 fois 7 = 21 répété deux fois ; il s'agirait donc de croiser — et surtout de ne pas séparer — la force créatrice de la fonction politique du roi berger attentif au bien être de son peuple.

Mais cette vision du nekhakha relève d’un autre degré de Conscience dont une approche a été développée par Enel dans sa "Trilogie de la Rota"..


Revenons donc à nos trois images… Nous y voyons trois postures différentes et, me semble-t-il, successives dans le temps et donc complémentaires.

La première image représente ce personnage trônant assis, les avant-bras repliés mais non croisés et les mains refermées chacune sur l’un des sceptres. Le crochet hekat est tenu par la main droite et se situe à droite du personnage et le flagellum nekhakha tenu par la main gauche se trouve sur sa gauche.



Osiris


La deuxième variante montre ce même personnage, soit assis, soit debout, portant les deux même sceptres mais avec les avant-bras croisés de sorte que chaque sceptre est tenu par l’autre main relativement à la première image. Le crochet hekat tenu par la main droite se situe donc à gauche du personnage et le flagellum nekhakha tenu par la main gauche se trouve sur sa droite.


Osiris


Enfin, la troisième variante est celle dont il est question précédemment. Le roi mort est représenté sur le couvercle de son sarcophage les avant-bras croisés comme précédemment mais de telle sorte que les deux sceptres eux aussi se croisent. Ainsi, le crochet hekat, tenu par la main gauche part de la droite du personnage et revient sur sa gauche et inversement pour le flagellum nekhakha.


Tout Ankh Amon


Est-il possible, en utilisant ces trois variantes, de percevoir la signification symbolique du croisement des sceptres ?

Pour tenter d’apporter une réponse à cette question, deux autres éléments sont à mon sens nécessaires.
Tentons de les percevoir.

Le premier élément porte sur la relation entre la cause et l’effet.

Le rationalisme nous dit qu’il n’y a pas d’effet sans cause et que la cause génère l’effet.
Or, pour les sages égyptiens, il n’en était pas de même ainsi que nous l’explique Schwaller de Lubicz :
« La mentalité pharaonique est basée sur le fait que tout phénomène est un effet réactif.
La Cause est absorbée par une résistance de sa nature et donne un effet par réaction de cette résistance.
Jamais une cause ne produit un effet direct puisqu’elle reste abstraction tant que la résistance manque. Cette incompréhension est la base de l’erreur dans la mentalité occidentale.
Action contre résistance est d’abord une complémentation. C’est la réaction qui sera ensuite le phénomène (effet) de cette cause. Toute complémentation est négation ou Mort. La réaction est Vie. Pour cela la mentalité pharaonique « croise » toutes les notions. Le premier croisement est Mort : la cause absorbée. Le deuxième croisement, le phénomène vital, est Vie. (Voir croisement des mains et sceptres sur les momies.) »
Ainsi, quand la science rationnelle dit : action ou cause → effet, la science traditionnelle dit, au contraire : action → réaction → effet.
Et ceci est « vie » quand cela est « mort ».

Le second élément qui me semble nécessaire fait également partie de la mentalité pharaonique et diffère, une fois encore, de la mentalité moderne. Il s’agit de l’intelligence du cœur.
L’intelligence du cœur ! Qu’est-ce que cela ?
Pour tenter de répondre à une telle question, tournons-nous d’abord vers celui qui l’a sans doute le mieux mise en évidence, Schwaller de Lubicz, encore et toujours lui :
« Il y a deux sortes d'intelligence. L'une est celle de la Connaissance à priori, l’expérience innée, la source de la Raison pure, que nous appellerons Intelligence du Cœur ou spatiale, susceptible de concevoir, qui peut voir l’Idée. L’autre est l’intelligence cérébrale, bi-dimensionnée, empirique, source du raisonnement ou coordination des notions inscrites, qui peut comprendre, qui matérialise l’idée. »
Pour nous résumer, disons que l’intelligence du cœur est un mode de communication avec le réel totalement différent de l’intelligence rationnelle et qui ne fonctionne pas sur le même plan.
L’intelligence cérébrale se préoccupe de la matière qu’elle tente d’analyser pour mieux la comprendre en s’appuyant si faire se peut sur la méthodologie scientifique ; son domaine est purement exotérique. L’intelligence du cœur à l’inverse se tourne vers l’invisible, l’immatériel, le non démontrable qu’elle cherche à percevoir pour tenter de l’exprimer mais sans jamais l’analyser. L’intelligence du cœur c’est l’intuition, mais solidement appuyée sur les fondations constituées par l’expérience initiatique. Elle relève de l’ésotérisme pur ; c’est-à-dire qu’elle est l’outil de recherche de la Connaissance et non du Savoir. Bien que paraissant opposée à l’intelligence rationnelle, elle lui est en fait complémentaire et, chez tout initié véritable, les deux formes d’intelligence peuvent fonctionner ensemble, en harmonie, chacune dans le domaine qui lui est propre sans jamais interférer, sans « court-circuit ».
Relativement à une autre forme de la Tradition, Enel n’a pas dit autre chose quand il a écrit :
« Le raisonnement logique, la spéculation intellectuelle, les constructions illusoires de l’esprit, qui conduisirent les Pharisiens à étouffer le germe de la Révélation divine sous la masse accumulée des systèmes, étaient rejetés par le Christ comme la voie fausse qui entraîne l’humanité loin de Dieu. ».
Remarquons au passage, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, que le sens de cette phrase ne serait pas fondamentalement modifié en remplaçant les termes « Christ » par « Initié » et « Dieu » par « Initiation » ou « Connaissance » ou équivalent.

Mais la complémentarité de ces deux formes d’intelligence nous entraîne plus loin encore.

Comme souvent en symbolique, il est surprenant de constater que la science découvre un jour, longtemps après, des faits physiques que la Tradition la plus ancienne expose depuis des siècles, mais sous une forme ésotérique, non seulement incompréhensible pour les rationalistes, mais qu’ils rejettent à priori catégoriquement.


 

Evidemment, comme tout ce qui découle d’une démarche intuitive, rien de tout cela ne peut être démontré et encore moins prouvé. La seule possibilité qui me soit offerte est d’affirmer ma ou mes convictions puis libre à chacun d’en prendre ou d’en rejeter tout ou partie.
Cependant, bien qu’il soit extrêmement difficile d’exprimer clairement des idées qui relèvent exclusivement de la conviction intime, pour ne pas dire de la Foi, je poserai quand même la question : quel enseignement pouvons-nous espérer retirer de ces constatations ?

Arrivés à ce point de notre réflexion, tournons-nous à nouveau vers les images d’Osiris (ou de Pharaon) que j’ai décrites précédemment. Voici comment j’en déchiffre le sens :
La première représente le personnage vivant agissant, régnant sur le monde physique, gouvernant le pays dont il est souverain s’il s’agit du Roi ou régnant sur la Douât si nous considérons Osiris ressuscité.
Le second est toujours le Roi vivant mais représenté en tant qu’initié et à ce titre inversant son image et agissant dans l’espace sacré du monde symbolique.
Et enfin le troisième nous montre le roi mort, par conséquent passé de l’autre côté du miroir et donc inversant deux fois son image et ayant ainsi reçu l’initiation suprême.


 

Et c’est la synthèse de cet ensemble d’informations et de constatations qui me confirme dans la conviction que j’ai déjà évoquée : toute démarche initiatique, quelle qu’elle soit, sous quelque forme qu’elle se manifeste et quels qu’en soient les détails, ne peut fonctionner que dans le domaine métaphysique, le seul et unique but de l’initiation et du cheminement initiatique étant la question de l’au-delà, de l’autre côté du miroir, dont une partie des réponses est contenue dans le livre de l’au-delà de la vie, que la plupart des égyptologues nomment « Le livre des morts… » mais qui est autrement intitulé « le livre de l’Au-delà de la Vie » ou encore « le livre de ce qu’il y a dans la Douât ».

Le croisement des sceptres, la trilogie, ou mieux le triangle, action - réaction - effet, c’est ce qui doit nous faire percevoir que le mode de raisonnement rationnel, celui qui nous a été inculqué à l’école et qui lie directement l’effet à la cause, ne peut nous mener qu’à une impasse dès lors que nous l’appliquons, en toute bonne foi d’ailleurs et souvent par ignorance, à la recherche ésotérique.
Et je citerai à nouveau Schwaller de Lubicz à cet égard :
« L’occident fourvoyé par la pensée grecque, toute d’apparence, doit apprendre de nouveau la signification du « symbole naturel ». Celui-ci ne trompe pas. »

Dans le Temple toutes les notions se croisent et s’inversent. Le monde matériel fait place au monde spirituel et l’intelligence rationnelle à l’intelligence du cœur. S’affronter dans ce contexte aux préoccupations qui nous assaillent dans le monde extérieur revient à se tromper d’outil ou de véhicule, à prendre le train pour naviguer sur l’océan. Comme l’a écrit La Bruyère dans ses Caractères :
« Il y a plus d’outils que d’ouvriers, et de ces derniers plus de mauvais que d’excellents ; que pensez-vous de celui qui veut scier avec un rabot, et qui prend sa scie pour raboter ? »

Le mode de fonctionnement de l’intelligence rationnelle n’est adapté qu’à l’environnement exotérique ; il ne peut s’appliquer au monde sacré et à la recherche ésotérique.

Ceci est un fait et non une opinion. Ceci se constate et ne se démontre pas. Peut-on démontrer le mouvement autrement qu’en marchant et doit-on prouver que, ailleurs qu’aux pôles, le soleil luit à midi et non à minuit ? Pourrait-on d’ailleurs démontrer le contraire ?

Ainsi, le principe du double croisement des sceptres illustre de la façon sans doute la plus simple possible le fonctionnement symbolique.

Donc ce principe du double croisement des sceptres montre clairement la différence entre le raisonnement de l’intelligence rationnelle et la perception de l’intelligence du cœur.

Celle-ci fonctionne selon un principe ternaire quand celle-là ne sait que le binaire.

Pour entrer dans le monde des symboles, dans le fonctionnement symbolique, il faut faire l’effort d’abandonner le raisonnement binaire cause → effet propre au Savoir pour s’appliquer à ressentir le fonctionnement ternaire cause → réaction → effet spécifique de la Connaissance.

Le principe du double croisement des sceptres met en évidence que le raisonnement binaire, synonyme de Mort, ne peut permettre à l’Homme d’avancer sur le chemin initiatique. S’y tenir, s’y retenir revient à s’immobiliser, à s’accrocher au monde matériel comme à une amarre que l’on n’oserait larguer pour naviguer au gré du vent, « sans gouvernail, sans désir et sans crainte » tel Odysseus suivant les indications de Circé ainsi que le décrit Homère dans l’Odyssée :
« Circé : — A quoi bon ce souci d’un pilote à ton bord ? Pars ! et, dressant le mat, déploie les blanches voiles ! puis, assis, laisse faire au souffle du Borée qui vous emportera. »


 

Ce qui paraît essentiel dans la vie quotidienne devient insignifiant dans le Temple et ce qui est négligeable — et le plus souvent négligé — à l’extérieur prend toute son importance dans le monde sacré. La hiérarchie habituellement admise s'intervertit, le matériel s’estompe quand le spirituel prend toute sa place.

Il faut alors redevenir enfant, il faut retrouver sa capacité de rêver et de s’émerveiller ; pour atteindre au plus profond de ce qui peut être perçu et agir sérieusement il faut tenter de s’élever vers la légèreté et ne jamais se prendre au sérieux.
« On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Ce qui fait la grandeur et l’importance d’un être dans le monde ne peut que le retenir ancré profondément dans la matière jusqu’à le rendre totalement insignifiant.
« Moins on conjugue le verbe être plus on conjugue le verbe avoir »

Car, comme l’écrit encore Jean Phaure :
« … le développement des possibilités spirituelles (est) en définitive la seule finalité véritable de la vie de l’homme sur la Terre… »


 

Parce qu’ils ont été générés par des peuples pour lesquels l’existence de la divinité était une évidence que nul ne songeait à mettre en doute, les rituels initiatiques ne pouvaient avoir pour rôle que de faire prendre conscience au récipiendaire que la vie n’est qu’un passage, la mort qu’une illusion.

« L’initiation est une « naissance sacrée ».
Natalem sacrorum. — Apulée, Mét. XI 24.

Parce que, pour citer encore Serge Mayassis, :
« Le but de l’initiation est la recherche du divin… »
l'initiation et le rationalisme sont incompatibles.

Le processus initiatique, en effet, est totalement irrationnel et fait entrer en résonances des parties si profondes de l’individu qu’aucun raisonnement ne peut y atteindre et que la raison ne peut les percevoir. Tout individu dont l’esprit rationaliste reste systématiquement en éveil, qui est incapable de s’en abstraire le moment venu, reste définitivement et complètement imperméable aux effets de l’initiation.

Mayassis résume ainsi l'espérance des initiés de l’Egypte :
« De l’initiation, on attend l’obtention de l’éternité et la connaissance du mystère du monde des âmes. »
et ce quelle que soit la signification profonde que l’on donne à ce mot, quelle que soit l’image qu’il recouvre pour chacun, et la conception de chacun à cet égard.

Le résultat de l’initiation est l’acquisition de la connaissance et donc il est possible d’affirmer que l’initié connaît ainsi qu’il est indiqué dans certaines prières retrouvées dans les tombes :
« Je passe par ceux qui connaissent les choses ». Les dieux répondent au mort Osiris initié : « Tu nous connais ». Mais le vulgaire « ne connaît pas », car nul autre ne connaît que l’initié. »
« Tous ceux donc qui possèdent la « connaissance » sont des initiés… »

Ce qui peut amener à se poser la question de la cause : est-on initié seulement parce que l’on a vécu l’initiation ou bien uniquement grâce à l’acquisition de cette connaissance ? Et si cette acquisition passe exclusivement par l’initiation, ce que je crois, l’initiation est-elle suffisante en elle-même pour permettre cette acquisition ?

« … l’initiation commence par la connaissance de l’homme, mais l’initiation holoclère … est la connaissance du divin… » nous rappelle Serge Mayassis.

Mais ceci est une autre histoire…