Permanence de la Tradition

 

 

" L'ésotérisme se présente comme la pensée de l'inverse et l'inverse de la pensée. "
Pierre A. Riffard, L'Esotérisme, p 393

 


 

 

 

 

 

La Tradition, qui est le fait des hommes, s'exprime par l'ésotérisme.

Qu'est-ce donc que l'ésotérisme ?

Cette interrogation ne peut recevoir de réponse simple. En effet, si l'on en croit Pierre Riffard, pas un ésotériste ne répondrait à cette question.

Cependant, pour tenter d'éclairer mon propos et afin d'éviter autant que possible les confusions de sens, je voudrais tenter d'en indiquer ma propre perception.

Comme le souligne Pierre Rifard, l'ésotérisme se manifeste, historiquement parlant, à travers des courants, des écoles, des hommes, des œuvres. On peut donc parler sans risque d'erreur, d'ésotérismes au pluriel, chacun relevant d'une école, d'un courant, d'un homme ou d'un groupe, chacun dépendant des découvertes, des convictions, des certitudes même parfois des auteurs.

Un ésotérisme utilise donc telle ou telle symbolique, tel ou tel ensemble de signes pour créer une doctrine, pour inventer des images, pour ouvrir une voie, sa voie, et seulement celle là. Ainsi, d'une certaine façon, l'ésotérisme est réducteur.


Pour ma part, je voudrais tenter de faire comprendre que l'ésotérisme peut être ressenti, vécu même sans doute, comme absolument universel.

Cette perception, qui est la mienne et ne s'impose à personne, entre évidemment en contradiction avec les indications qui précèdent.

Pourtant cette contradiction n'est sans doute qu'apparente.

Si j'ai rappelé le fait que l'ésotérisme se manifeste à travers des courants, je ne pense pas que cela soit la seule alternative, son unique forme d'expression.

Bien que cela soit fort subtil, et donc ardu à exprimer et difficile à faire partager, je suis persuadé que l'ésotérisme peut être universel. Mais cela suppose une condition sine qua non : qu'il ne soit plus alors le vecteur d'aucune doctrine humaine ; ou pour exprimer cette idée autrement : qu'il représente la synthèse à priori de toutes les doctrines, de tous les systèmes, de tous les messages que les hommes ont cherché - et chercheront - à transmettre par ce biais.

 

" L'Esotérisme n'a rien de commun avec une volonté de secret, c'est-à-dire un secret conventionnel.
L'Esotérisme ne peut pas être écrit ni dit ni par conséquent être trahi. Il faut être préparé pour le saisir, le voir , l'entendre - à votre choix. Cette préparation n'est pas un Savoir mais un Pouvoir, et ne peut s'acquérir finalement que par l'effort de la personne elle-même, par un combat contre ses obstacles et une vic-toire sur sa nature animale humaine.
… On ne trouve l'Esprit qu'avec l'Esprit, et l'Esotérisme est l'aspect spirituel du Monde, inaccessible à l'intelligence cérébrale.
Ce sont des charlatans ceux qui prétendent pouvoir révéler l'ésotérisme de tel enseignement. Ils peuvent essayer d'expliquer par cela le sous-entendu de telle pa-role ou recette, donc un secret conventionnel, mais dans la Science Sacrée, ils ne pourront jamais que mettre un mot à la place d'un autre, et ce sera, tout au plus, de la mauvaise littérature à la place d'une idée simple.
L'Initié véritable peut guider un élève doué pour lui faire parcourir le chemin de la Conscience plus rapidement, et l'élève, arrivé à des étapes d'Illumination par sa propre Lumière intérieure, lira directement l'ésotérisme de tel enseignement. Per-sonne ne pourra le faire pour lui. "

R.-A. Schwaller de Lubicz, "Propos sur Esotérisme et symbole"

 

Cet ésotérisme universel, au-dessus des contingences humaines, réductrices et limitatives, il est, et ne peut être, pour moi, que le Symbolisme.

C'est pourquoi je voudrais, auparavant, rendre évidente la base de ma démarche : je n'ai forgé aucune doctrine, aucun dogme, aucun système. J'ai simplement découvert, en le vivant au jour le jour, que le Symbolisme contient la réponse aux questions fondamentales et je ne cherche qu'à proposer ma conviction. Les réponses sont à chacun et aucune n'est transmissible.

Donc, ainsi que je viens de l'indiquer, l'ésotérisme, en tant que porteur de la Tradition, a été manifesté par les hommes sous de multiples formes.
J'ai choisi d'en étudier trois exemples, pris arbitrairement parmi les monuments caractéristiques, les mythes et les récits. Cela ne signifie évidemment pas qu'ils soient exhaustifs ni que mon choix soit le seul possible. J'aurais pu en évoquer de nombreux autres. Mais outre que cela n'était pas le but que je me suis fixé, je pense préférable de laisser à chacun le soin de chercher par soi-même, avec l'aide éventuelle de la bibliographie succincte que je propose.

Après la disparition de la "grande" civilisation pharaonique, la Tradition, en Occident, s'est perpétuée à travers diverses voies, dont les plus importantes sont le judaïsme, puis le christianisme, d'une part, la transmission initiatique des fraternités de constructeurs d'autre part. Ces derniers étant d'ailleurs beaucoup plus proches du mode de transmission de l'Egypte, qui reposait sur diverses formes d'initiations.
D'autres voies de transmission de la tradition pourraient être citées ici, telles que la voie hermétique, beaucoup moins accessible, et dont j'indiquerai quelques aspects, ou celle des mythes, grecs, celtes et autres, et des contes et légendes.
Les communautés de bâtisseurs, dont on retrouve les traces jusqu'en Egypte pharaonique, et que l'on appela "Francs-Maçons" à partir des Xème - XIème siècles, nous ont laissé des témoignages bien visibles de la continuité de la Tradition. Ce sont évidemment les églises et cathédrales romanes et "gothiques" (pour reprendre le terme totalement inadéquat forgé, semble-t-il, au XIXème siècle par les Romantiques).
Les églises romanes, par exemple, du fait de leur situation sur les "lieux forts", sur des nœuds d'énergie tellurique, reprennent le type de situation des principaux temples égyptiens.