Le Symbolisme duocécimal

 


Pourquoi traiter du symbolisme duodécimal ?

Le mythe d'Osiris, et quelques autres également, contiennent pour qui sait, veut ou peut le voir, un enseignement ésotérique portant principalement sur la signification du rythme lié au nombre douze.

Comme l'a écrit Robert-Jacques Thibaud dans "Symbolique des Apôtres, Itinéraire initiatique de la Légende dorée au Zodiaque", l'un de ses livres les plus riches :

" Très nombreux sont les mythes intégrant le nombre douze et, naturellement, l'on ne peut passer sous silence le plus connu d'entre eux, le mythe d'Héraclès, nous transmettant, selon son mode de narration poétique particulier, un enseignement parfaitement universel, s'intégrant à bon droit dans ce que l'on nomme la Tradition… Dans ce mythe, fruit et héritage de différentes traditions (Gilgamesh, Persée, etc...), nous pouvons observer que le nombre définitif des travaux traduit la conscience très claire qu'avaient les hommes de ce temps du fonctionnement duodécimal du monde… "
" C'est certainement dans le mythe fondateur qu'est la mort du dieu Osiris, l'époux et frère de la déesse Isis, puis dans la dispersion des "morceaux" de son corps, que nous rencontrons pour la première fois les principes QUATORZE, TREIZE et DOUZE dans leur fonctionnement spirituel logique, à la fois terrestre et divin. Cet événement mythique est la base de la pensée symbolique égyptienne et de sa cosmogonie. … "


Pour éviter toute erreur de compréhension, précisons tout d'abord que
" Osiris est le Neter de la Nature ; il est né de Geb et de Nout … mais Amon est céleste et n'est jamais né. "
et rappelons à ce sujet ce que nous apprennent les hiéroglyphes, ou plutôt les medou-neterou :
" Tous les dieux sont trois : Amon, Rê, Ptah.
Son nom est caché en Amon, il est perçu en Rê, son corps est Ptah.
"
De même que, pour les chrétiens, Dieu se manifeste dans les trois personnes de la Trinité, le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Le mythe d'Osiris

 

Les douze travaux d'Héraclès

 

Quel enseignement pouvons-nous tenter d'extraire de ces exemples ?

Interrogeons-nous donc en suivant, si possible, le chemin que nous indique René Barjavel dans son ouvrage La faim du tigre :

" Le rôle de toute religion est de faire comprendre à l'homme ce qu'est la création, quelle place il y occupe et quel rôle il y joue. Et jamais, jamais, jamais, de lui dire : " Ne cherchez pas à comprendre. "
Le rôle de toute religion est d'établir entre l'homme et le reste du monde des rapports exacts. Et jamais, jamais, jamais, de dresser entre le monde et l'homme des remparts de fumée et des murs d'illusions.
Le rôle du prêtre est de prendre le fidèle par la main et de le conduire, par le chemin du rite, vers la vérité.
L'initiation à tous les mystères, la clef qu'on donnait au néophyte, c'était l'explication qui lui permettait de comprendre. La sublime clarté dont parlent les mystiques, c'est celle de la compréhension. Tout leur est clair. Mais ne peuvent donner la clef ceux qui l'ont perdue, ne peuvent montrer le chemin ceux qui ne savent plus que le chemin existe. Ne peuvent rien expliquer ceux qui ne savent plus rien. "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce que j'ai tenté de montrer me semble clair, mais peut-être est-il nécessaire que je précise ici ma pensée.
Pour moi, la vie dans son intégralité, pour être harmonieusement maîtrisée par chacun, doit être vécue, autant que faire se peut, en respectant ce rythme duodécimal qui s'impose à nous, que nous le voulions ou non et en accomplissant la tâche pour laquelle nous avons été créés, en respectant par conséquent le devoir qui s'impose à nous.

Chacun peut tenter de forcer les obstacles qui s'opposent à lui, de renverser les murs qui lui barrent la route et l'on jugera selon sa sensibilité propre de l'éventuelle efficacité d'une telle attitude "orgueilleuse" et sans doute même vaniteuse. A l'inverse, on peut choisir d'agir dans l'harmonie et, non pas de renverser, mais de maîtriser les oppositions, de contourner les obstacles, d'escalader les murs, mais sans rien détruire.

Et c'est je crois l'enseignement principal que nous propose le mythe d'Horus quand il est indiqué qu'Isis l'empêcha de tuer Seth vaincu en lui ordonnant de seulement le soumettre.

C'est me semble-t-il cette forme de "sagesse" que ces mythes nous enseignent si nous voulons bien tenter de les comprendre dans leur signification véritable, quasi métaphysique.

" Dans le mythe d'Osiris, nous voyons le principe UN devenir tout d'abord quatorze, puis treize, et enfin fonctionner "physiquement", être matérialisé, suivant le nombre douze que nous retrouvons dans d'autres mythes, héritiers et successeurs de la mystique égyptienne. D'autres religions porteront plus avant cette Connaissance, au travers, notamment, du cycle d'Héraclès, puis, par la répartition des tâches apostoliques après la disparition terrestre du Christ. L'ordre de progression permettant à l'homme de reconquérir l'unité originelle disparue consiste donc à "fonctionner" dans le monde manifesté selon le mode duodécimal que symbolisent pour l'Egypte, les douze "morceaux" du dieu disparu afin de "remonter", de "revivre", les phases successives du démembrement d'Osiris. Après avoir reconstitué cette première totalité et réalisé en nous la synthèse de l'ensemble de ces douze expérimentations, il deviendra alors possible, dans la phase symbolisée par le nombre TREIZE, de retrouver le "cœur" caché, notre centre invisible d'énergie. Cette redécouverte implique la descente dans la caverne, puis la mort de tout ce qui a été notre comportement, suivant la symbolique correspondant à celle du nombre TREIZE. Cette mutation ne peut intervenir que lorsque le temps est arrivé de mettre un terme à notre fonctionnement purement terrestre. A ce moment, celui-ci, bien qu'harmonisé avec l'universel, n'est plus adapté à notre nouvel ouvrage c'est pourquoi une ultime transformation est nécessaire et permet de renaître enfin. Elle rend apte à réintégrer le principe fécondateur disparu puis d'être créatif à notre tour, d'ensemencer les ténèbres de la Lumière ainsi reçue, puis autorise enfin le retour vers l'UNITE des origines. C'est alors que celle-ci s'enrichit des fruits de notre expérimentation.
(Rappelons) que l'assemblée formée par les apôtres et le Christ correspond précisément à ce nombre TREIZE, que c'est le treizième élément (Judas) qui provoque un certain type de mort, de descente dans la nuit, amenant la transformation lumineuse, douloureuse mais nécessaire, permettant seule au principe initial d'être définitivement créateur et cosmique, l'amenant ainsi à réintégrer le royaume du Père. Dans la pratique individuelle, tout comme dans la religion d'Osiris, il convient de recréer en nous l'unité harmonique des DOUZE apôtres, puis de vivre notre renaissance pour enfin parvenir à l'unité symbolisée par le cœur, ou, plus proche de nous, l'amour christique. C'est à ce moment seulement qu'un grain de blé, semé, puis lui-même disparu (mort), rapporte au centuple. Ce fonctionnement spirituel est contenu dans l'enseignement chrétien, notamment dans l'affirmation : "...Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance."

Robert-Jacques Thibaud, "Symbolique des Apôtres, Itinéraire initiatique de la Légende dorée au Zodiaque"

 

Un enseignement du même type nous est apporté par le mythe du héros Héraclès [comme nous avons pu le voir]…

C'est avec DOUZE de ses plus fidèles moines que saint Brendan partit accomplir son voyage spirituel dans les îles, visita le Paradis mais s'en revint mourir sur Terre, lieu de l'ensemble de son expérimentation, endroit où il devait porter témoignage de son extraordinaire voyage. Nous pouvons dire : sa quête...

En ce qui concerne la pensée religieuse grecque, la symbolique utilisée par les récits antiques nous révèle un cheminement identique à celui qu'illustre le mythe égyptien d'Osiris, riche du même enseignement, quoique peut-être présenté d'une manière plus imagée et poétique. Il est important, sinon indispensable, de lire ce type de récit pour mieux comprendre notre propre processus de transformation. On ne répétera jamais assez combien l'étude des mythes de notre culture et des cultures qui l'ont précédée est "indispensable" à notre développement actuel, tant sur le plan philosophique que spirituel.

De là peut découler une question : pourquoi le rythme duodécimal est-il aussi important, aussi omniprésent dans les différentes traditions humaines ?

La réponse est simple et évidente : c'est parce que notre environnement immédiat, c'est-à-dire notre galaxie, fonctionne selon le rythme duodécimal et que tout le reste en découle.

Douze constellations nous entourent, que les hommes ont peu à peu découvertes et nommées, constituant ainsi le Zodiaque et ses douze signes.

De là, tout naturellement, les douze heures du jour et les douze heures de la nuit, ainsi que les douze mois de l'année ; et lorsque, en 1792, la toute jeune République a voulu imposer le système décimal du calendrier révolutionnaire, cette modification n'a pas tenu longtemps, non pas tant, à mon sens, pour des raisons politiques que pour des causes symboliques naturelles, bien qu'inconscientes.

Bien que, ainsi que l'explique en détail Georges Ifrah, dans son ouvrage Histoire Universelle des Chiffres, les systèmes arithmétiques les plus répandus aient été basés sur les doigts de la main (et donc des deux mains), ce qui a donné naissance aux bases cinq et dix, d'autres ont eu leurs périodes d'utilisation, telles que la base soixante en Mésopotamie, ou, plus récemment, les systèmes binaire et hexadécimal en informatique. Mais bien sûr, la base douze, peu usitée aujourd'hui au quotidien, reste à jamais la plus proche de l'harmonie naturelle.

Dans cette optique, il peut être intéressant de remarquer l'analogie existant entre les cycles d'expérimentation laborieuse, comme l'écrit Robert-Jacques Thibaud, dont le mythe d'Osiris, les Travaux d'Héraclès et bien entendu les récits des Evangiles sont pour nous les plus connus, et les couleurs ou les notes de musique.
Chacun de ces cycles est fondé sur le nombre douze, qui symbolise l'achèvement de l'expérimentation terrestre et son ouverture vers un nouveau cycle ou vers la Lumière. Or la lumière blanche, diffractée par le prisme, laisse apparaître les douze couleurs de l'arc-en-ciel ; et la gamme chromatique comporte douze notes, sept tons et cinq demi-tons, nécessaires et suffisants pour exprimer toutes les musiques. Là encore, le cycle est complet avec le nombre Douze, là encore toutes les ouvertures vers autre chose s'offrent à l'expérimentateur, en l'occurrence le peintre ou le compositeur, s'il veut s'en donner la peine, s'il veut, et s'il peut, aller au bout de lui-même et de son travail, de son art.

 

Les Compagnons et leurs prédécesseurs le savaient bien d'ailleurs, qui ont toujours tenté de fonctionner en harmonie avec ce rythme duodécimal. Parmi les outils que les constructeurs se sont forgés, deux au moins ont leur fonctionnement basé sur le nombre douze :
· La règle graduée qu'ils utilisaient comportait 24 sections et non pas 20, 30 ou 50 centimètres comme celles qui sont par ailleurs courament utilisées.
· La corde à douze nœuds dite "des druides" - et qui fut particulièrement utilisée par les compagnons constructeurs sur les chantiers des églises et des cathédrales du XIème au XIIIème siècles - ne fonctionne que du fait de ce nombre. Grâce à cet outil, dessiner un triangle rectangle ou une étoile est fort simple, et le théorème de Pythagore ainsi que la médiété géométrique du Nombre d'Or deviennent des évidences :


3+4+5=12 => 3²+4²=5² => 9+16=25

 

Les mythes antiques, égyptiens, grecs ou autres, ne sont pas les seuls récits où l'importance du nombre douze apparaît aussi complètement. De nombreux passages de la Bible peuvent être mieux compris à la lumière de cette symbolique.
Pour y parvenir, il faut tout d'abord garder à l'esprit que l'une des règles qui doit présider à une lecture attentive de la Bible - et surtout de la Genèse - est de considérer que tous les nombres cités - ou à peu près - ont une signification symbolique et non exclusivement réaliste.

Ainsi, par exemple, au chapitre 17 de la Genèse, il est écrit :

"24. Abraham avait 99 ans quand fut circoncise la chair de son prépuce,
25. Et Ismaël avait treize ans quand fut circoncise la chair de son prépuce. "
TOB

Ces deux nombres indiquent-ils l'âge de ces deux personnages ? Cela est possible, bien entendu, mais une autre signification peut y être rencontrée qui passe par la symbolique des nombres:

99 est le produit de 33 par 3. Cela peut donc signifier qu'Abraham avait atteint - de par ce geste même, peut-être - un niveau d'initiation spirituelle absolue ; et puisque 13=12+1, cela indique qu'Ismaël avait achevé le premier cycle de sa vie et, par ce même geste, atteignait au niveau de sagesse supérieur lui permettant d'entamer un nouveau cycle d'expérimentation héroïque qui le rendrait apte, plus tard, à affronter les épreuves que Dieu lui réservait.

On retrouvera d'ailleurs ce même symbolisme dans les Evangiles où Jésus, avec ses douze Apôtres, atteint au nombre 13 puis, très rapidement, - en 3 années terrestres, soit 3 fois 12 mois - car le nombre 13 est un moteur d'activité et de transformation, à la Passion à l'âge de 33 ans !

Toujours dans la Genèse, au chapitre 35, on lit que Jacob eut de ses épouses et de ses servantes douze fils et une fille (c'est-à-dire 13) qui furent :
1. Ruben qui signifie : Vois, un fils ! ,
2. Siméon : Celui qui écoute,
3. Lévi : Supplément,
4. Juda : Remerciement,
5. Dan : Juge,
6. Nephtali : Combattant,
7. Gad : Chance,
8. Asher : Enfant du bonheur,
9. Issakar : Salaire,
10. Zabulon : Gîte,
11. Dina,
12. Joseph : Celui qui accroît
13. Benjamin : Fils du succès.

Notons également que les douze tribus étaient en réalité treize: Joseph fut remplacé par ses deux fils Manassé et Ephraïm, adoptés et bénis par leur grand-père Jacob. Il y eut ainsi onze tribus et deux demi-tribus, celles de Manassé et Ephraïm.

A noter qu'avec les disciples du Christ il en va de même. Judas meurt, on le remplace par Mathatias et Paul s'ajoute à l'ensemble. Ils sont en fait treize pour la mission christique. Le premier et le treizième, Pierre et Paul, étant les véritables moteurs de l'action.

Quant à Job, il était le père de sept fils et sept filles. Le livre de Job, rédigé en hébreu ancien par un poète anonyme, et daté du cinquième siècle avant notre ère, nous ramène ainsi aux quatorze morceaux du corps d'Osiris.

Bien d'autres exemples sont possibles, pris en particulier dans l'anatomie humaine : la colonne vertébrale de l'être humain compte 7 vertèbres cervicales, 12 vertèbres dorsales et 5 vertèbres lombaires soit un total de 24 (= 12 x 2) auxquelles s'ajoutent les 9 vertèbres soudées du sacrum (5) et du coccyx (4), soit un total de 33.

On voit donc combien le symbolisme duodécimal est présent tant dans la Bible que dans notre environnement naturel, quotidien ou culturel et quelle est donc son importance pour toute approche symbolique.