L'enseignement des douze Apôtres

 

 

Dès les premiers siècles du christianisme, relayés par les communautés religieuses, de nombreux récits ont circulé, racontant les actions extraordinaires, réelles ou supposées, que l'on attribuait aux apôtres, et aux saintes et saints martyres.
Cependant, c'est dans un texte de la fin du treizième siècle, la Légende Dorée, que puisèrent les imagiers pour réaliser les chapiteaux et statues qui parent les édifices religieux de l'art roman.
Dans la statuaire de nos monuments sacrés, nombreux sont les outils ou instruments, les scènes présentés dont il faut chercher l'origine, non dans les livres canoniques, mais dans une source légendaire. C'est aussi dans ces légendes que se trouve la plus sincère spontanéité mystique, mais aussi un enseignement symbolique qui prolonge les plus anciennes traditions.
C'est le cas pour la coupe et le dragon de saint Jean, l'équerre de saint Thomas, la coquille de saint Jacques ou la scie de saint Simon.
Pas plus que les Chants et Hymnes homériques ou les contes profanes, les actions supposées des apôtres n'étaient d'innocents récits uniquement destinés à faire rêver ceux qui n'avaient que ce moyen pour oublier un instant la cruauté de la condition humaine.
La tradition initiatique, comme la symbolique religieuse, nous enseigne que le nombre douze représente la démultiplication, l'incarnation terrestre et humaine d'un principe spirituel ou cosmique.

C'est ainsi que chacun des apôtres est l'illustration d'UN même principe spirituel, manifesté par le Christ et son enseignement.
L'ensemble des douze apôtres est donc démultiplié en douze parts pour son complet fonctionnement terrestre. Dans cette optique, on peut comprendre que chaque apôtre représente une étape ou phase, de l'ensemble de l'itinéraire spirituel proposé par le Christ. C'est pourquoi les significations symboliques contenues dans le légendaire des apôtres, de leur désignation jusqu'à leur martyre, est d'une importance essentielle pour la compréhension de l'ensemble de leur œuvre.
Les douze apôtres, malgré leurs errements et leur faiblesse, représentent, ensemble, l'intégralité du message reçu, la totalité de l'énergie d'un nouveau cycle spirituel. Ils sont tous au service de la propagation de la Lumière (enseignement) révélée par le Maître.
Ainsi qu'on peut le remarquer dans de nombreux autres systèmes, le principe duodécimal est indispensable pour tout type de fonctionnement. En effet, d'un point de vue terrestre et humain, les douze constellations du zodiaque représentent, par autant de signes visibles, l'ensemble de l'espace où se meut le système solaire et donc son champ d'expérimentation dans un univers autrement inconcevable.
Pareillement, la mission des douze apôtres illustre de manière visible, c'est-à-dire humaine, le Maître disparu qui lui-même, par son message, permettait d'accéder à un tout encore plus grand. Cette conception fait du Christ un symbole éminemment solaire, de Lumière du Monde, ainsi que le mystique Ruysbrœck, dit L'Admirable, l'avait déjà envisagé au quatorzième siècle.
En suivant consciemment ce fonctionnement, tout autant physique que spirituel, on peut dès lors se considérer comme étant tour à tour chacun des apôtres puis, avant de terminer ce stade de vie, parvenir enfin à se sentir comme l'ensemble des douze modes d'activités.
Cette réussite permet de vivre la fameuse affirmation d'Origène recommandant à son disciple : "Souviens-toi qu'en toi se trouvent tous les dieux de l'Olympe" que l'on peut paraphraser dans le cas présent par : "Souviens-toi qu'en toi se trouvent tous les apôtres du Christ", ou, plus justement, car moins empreint d'une culture religieuse par trop dogmatisée : "en toi se trouvent toutes les constellations de l'univers", c'est-à-dire, finalement et mieux encore : toutes les énergies du monde.
C'est peut-être ce qu'avaient découvert les penseurs et spiritualistes du Moyen Âge, qui possédaient, n'en doutons pas, une très large Connaissance.

Pas plus que les Chants et Hymnes homériques ou les contes profanes, les actions légendaires des apôtres n'étaient d'innocents récits seulement destinés à faire rêver ceux qui n'avaient que ce moyen pour oublier un instant la cruauté de la condition humaine. Jamais ils ne proposèrent de paradis artificiels (opium des peuples !) car tout au contraire c'est vers "l'effort sur soi" que tendait leur enseignement.
Ils n'étaient pas là pour inciter à une passivité fataliste, mais pour apprendre aux hommes comment lutter contre les dragons intérieurs, comment entreprendre le long et douloureux chemin héroïque restant, de nos jours encore, la seule voie permettant de rompre les chaînes de l'ignorance, de faire cesser l'engrenage de la fatalité.
Les légendes pieuses n'étaient pas non plus d'habiles stratagèmes destinés à retenir une foi chancelante, ou attirer vers l'église de nouveaux convertis, quand bien même certains s'en servirent dans ce but. Elles furent peut-être tout cela, mais bien d'autres choses encore et si, parfois, au cours des temps, seul cet aspect prévalu c'est que, malheureusement, les hommes chargés de les transmettre n'étaient plus des Maîtres, que ceux à qui elles s'adressaient ne les entendaient plus de la bonne oreille.
L'humanité vivait alors une époque où les oiseaux ne chantaient plus la gloire des dieux, ni n'annonçaient leurs intentions secrètes. Ce fut le temps où l'humanité s'inventa une renaissance, où des siècles de lumières artificielles et ignorantes vinrent éteindre la pâle clarté des étoiles (Dante).

En présentant successivement les récits concernant les apôtres, leur activité et leur martyre, il n'est pas question de faire une association entre les Travaux d'Héraclès et le chemin, les actes et le martyre des apôtres. Cependant, ils peuvent être aussi regardés comme les Travaux de ceux qui voulurent, en leur temps, servir leur Seigneur et qui désirèrent, plus que tout au monde, avoir leur place dans le royaume de la Lumière divine. De ce simple point de vue, il existe donc bien une analogie entre les deux principes d'activité, que ce soit dans les actions elles-mêmes ou, plus exactement, dans la démarche générale des apôtres, dans le type d'énergie et d'expérimentation qu'ils mettent en œuvre.

Dans cette optique, on comprend que l'accomplissement de l'être se trouve dans la réalisation de la totalité des douze travaux héroïques d'Héraclès ou dans la réalisation des œuvres citées par la Légende Dorée. Héraclès et l'ensemble des apôtres parviennent, par leur travail dans le monde, à rétablir des harmonies compromises par des dragons, des démons, à guérir et ramener à la vie, en quelque sorte, ce qui dans l'univers est dangereusement malade. Ils nous montrent que pour parvenir à une réalisation individuelle pleine et entière, il est nécessaire que chaque être ait travaillé et réussi l'ensemble de ces douze phases laborieuses. Alors seulement il peut être accepté soit à la table des dieux immortels, comme Héraclès, soit, à l'image du Christ, accueilli dans la maison du Père et siéger à sa droite. On aura remarqué également que Zeus est aussi le Père d'Héraclès, tandis que la mère du héros est la plus pure, sage et belle princesse qui se puisse rencontrer sur la Terre. C'est pourquoi le dieu Lumineux l'épouse (se substitue à l'époux), préfigurant ainsi l'acte fondateur qui sera la base de l'âge qui lui succèdera.

Ce ne sont ni les quatre Evangiles, ni les Actes des Apôtres qui renseignent le lecteur sur les différentes étapes du parcours initiatique et spirituel présenté par la vie des douze apôtres, mais la Légende Dorée, collationnée par Jacques de Voragine.
En effet, celle-ci rapporte avec force détails parfois fantastiques, comment se comportèrent les douze apôtres et quelles furent leurs expériences terrestres, leurs victoires et leurs faiblesses. Outre une foi que rien n'ébranlait jamais, la première qualité de ces personnages était la compassion qu'ils éprouvaient pour tous ceux qui souffraient sur la terre. Cet amour allait aussi aux bourreaux qui les torturaient car ils savaient combien ceux-là, plus que quiconque, s'emprisonnaient dans la matière et alourdissaient leur karma par leurs crimes. Cette attitude transformait parfois leurs ennemis (la légende de Thomas) ou accroissait leur haine mais toujours cette attitude renforçait pour eux-mêmes leur force et leur maîtrise. Celle-ci augmentait leur faculté de transmuter la matière (miracles), de rayonner la Lumière qu'ils avaient reçu à la Pentecôte, de provoquer des conversions, de secourir des malades et enseigner les foules.
Les valeurs enseignées par les apôtres sont l'amour de Dieu et des hommes, le respect de toute vie, la chasteté et le don de soi, c'est-à-dire l'affranchissement des liens et désirs terrestres. Ce détachement de la matière n'est pas son mépris, mais la condition de la liberté spirituelle. Comme le héros antique, chevaleresque, ou l'initié, l'apôtre ne doit jamais dévier de sa voie (la grande lumière) et rester incorruptible (à l'attirance de la terne lumière). En revanche, il ne doit jamais être indifférent aux autres, ni au monde qui l'entoure.
N'étant ni passif ni corrompu, l'apôtre est régulièrement tracassé par son démon, lequel semble suivre une route parallèle à la sienne, de même que son bon ange qui le protège avec la même régularité. Ces entités, toutes deux issues de l'esprit de celui qui expérimente, montrent que rien n'est jamais acquis tant que la grande libération n'est pas faite, tant que le retour dans le sein du Seigneur n'est pas réalisé.

 

 

 

 

 

L'itinéraire spirituel et initiatique des douze apôtres selon leur appel par le Christ.

 

Dans les Evangiles, les apôtres sont cités deux par deux. Selon saint Matthieu, le Seigneur appela ses disciples et futurs apôtres, de la manière suivante : d'abord Pierre et André, puis Jacques le Majeur et Jean, Philippe et Barthélemy, Matthieu et Thomas, Jacques le Mineur et Thaddée, et enfin Simon et Judas, ce dernier ayant été remplacé, après sa pendaison, par Matthias choisi par tirage au sort.
Ces couples d'apôtres peuvent être considérés comme des séquences de l'itinéraire spirituel de tout être sur le chemin du Ciel, parcourant l'itinéraire menant vers la Lumière Eternelle.
La première phase, ou premier apôtre, consiste à prendre conscience de soi, sur le plan solaire. La deuxième séquence, ou deuxième apôtre, consiste au même travail sur le plan lunaire. Cette deuxième phase réalisée exige alors une harmonisation de l'expérience acquise, une maîtrise, permettant ensuite d'expérimenter la séquence suivante, soit au total dix-huit phases (6x3) d'expérience.

Les Six séquences de l'Itinéraire spirituel des Apôtres.

Première séquence
Personnifiée par le couple symbolique formé par les apôtres Pierre et André.
- L'apôtre Pierre manifeste l'énergie solaire, il illustre l'élan, physique et spirituel entraînant l'activité de l'initié. Il illustre la bataille victorieuse contre les forces égotiques, personnifiées par Simon le Magicien son rival permanent et malheureux. C'est pourquoi l'apôtre Pierre possède les clés de la terre et du ciel.
- L'apôtre André, manifeste l'énergie lunaire, il illustre la nécessité de maîtriser le plan émotionnel et tout ce qui relève de l'instinct, peurs ou attractions. Il faut alors reconnaître et vivre Lumineusement sa part d'ombre et en chasser les créatures monstrueuses éventuelles.
Harmoniser ces deux phases, fonctionnements solaires et lunaires, permettra d'affronter les épreuves du parcours à venir.

Deuxième Séquence
Personnifiée par le couple symbolique formé par les apôtres Jacques le Majeur et Jean.
- L'apôtre Jacques le Majeur, disciple de son vivant puis centre de rayonnement spirituel (Compostelle) après sa disparition physique, exige une parfaite maîtrise de la connaissance que l'on enseigne. On devient gardien et propagateur de Lumière, guide secret et initiateur.
- L'apôtre Jean, disciple préféré du Seigneur, fut l'auteur de l'Evangile qui porte son nom. Saint Jean exige que l'on se laisse envahir consciemment, sans désir ni crainte, sans attirance ni répulsion, par une connaissance supérieure qu'il retransmettra ensuite à tous ceux qui voudront l'entendre. Cette phase enseigne qu'en voulant être serviteur de la Lumière, on devient soi-même une source lumineuse.
Harmoniser ces deux phases de l'expérience permet d'intégrer puis de diffuser tout l'enseignement acquis.

Troisième Séquence
Personnifiée par le couple symbolique formé par les apôtres Philippe et Barthélemy.
- L'apôtre Philippe correspond aux premières épreuves, au moment où la connaissance acquise doit être extériorisée. La légende de Philippe rapporte qu'il commanda à un dragon de se retirer d'un temple de Mars dans lequel le monstre empoisonnait prêtres et fidèles par son souffle. L'apôtre les ressuscita et les témoins se convertirent.
Le moment qu'illustre Philippe montre comment utiliser l'énergie existante d'une nouvelle manière, et l'importance qu'il y a de transcender les anciennes pratiques pour les rendre créatives.
- L'apôtre Barthélemy, en droite ligne de ce que manifestait l'apôtre Philippe, correspond au moment où l'on concilie ce qui subsiste des temps révolus avec le commencement d'un nouveau cycle de conscience, comme le montre la Légende Dorée de l'apôtre Barthélemy. En effet, celui-ci se mesura à un démon qui soulageait les souffrances et attirait vers lui la dévotion des foules. En guérissant réellement les malades, l'apôtre mit l'usurpateur en fuite sans combattre. De même, il transforma un temple ancien en temple chrétien en traçant simplement une croix à chaque angle.
Dans ce récit, il n'y eut que des transformations et non des combats, c'est pourquoi l'apôtre ne maltraita ni le temple ni la divinité (énergie) qui l'habitait jusque là.
Longtemps après sa mort, la légende assure que les ossements de Barthélemy étaient lumineux dans la nuit, ce qui montrait la permanence de son action.
Harmoniser ces deux phases de l'expérience permet de réactualiser la connaissance ancienne, individuelle et collective en éliminant les éléments inutiles à la progression. Il ne s'agit pas craindre ce qui s'oppose mais de le transformer.

Quatrième Séquence
Personnifiée par le couple symbolique formé par les apôtres Matthieu et Thomas.
- L'apôtre Matthieu impose de rendre transpersonnel ce qui est encore égotique dans l'individu et de sociabiliser ce qui est né de la nouvelle prise de conscience. Sans éliminer ni détruire, il faut transformer les énergies lorsque mal utilisées elles s'éloignent de leur but qui est l'harmonisation d'un être avec le reste du monde. Dans la Légende Dorée de Matthieu, l'apôtre apaise des dragons par la seule force du signe de croix. Devenus inoffensifs et dociles, Matthieu leur demande alors de quitter les lieux et de ne plus nuire à personne, ce qui montre la maîtrise de ses pouvoirs.
Pourtant, la véritable mission de l'apôtre n'est pas là. Dans un message qu'il adresse à la foule, Matthieu annonce un autre temps et un autre espace, un lieu à venir où joie et sérénité attendent les êtres au cœur pur. Dans la progression symbolique, Matthieu annonce le prochain cycle de conscience et révèle le but véritable du voyage, terrestre, qu'accomplissent les héros, initiés et disciples dans leur temps d'expérimentation.
Le temps de l'apôtre Matthieu est celui de l'utilisation de la connaissance. Il nécessite la maîtrise des énergies et une foi inébranlable dans le but poursuivi.
- L'apôtre Thomas, architecte du Seigneur, exige que l'individu transmute la matière brute terrestre (humaine) en réalisations lumineuses célestes. L'apôtre Thomas représente le principe du passage d'un état à un état supérieur. Il illustre les mutations que vivent ceux qui acceptent le défi, et les risques du changement de conscience. Contraint de construire un palais terrestre pour un roi puissant, Thomas désobéit et édifie un palais dans le ciel, non pas fait de pierres à bâtir mais d'or, d'argent et de pierres précieuses, selon ce que rapporte le frère du roi, mort et ressuscité.
La phase illustrée par l'apôtre Thomas montre que l'on peut dépasser la condition terrestre par la transcendance spirituelle.
Harmoniser ces deux phases de l'expérience consiste à annoncer les changements possibles puis à mettre en pratique ce que l'expérience a permis d'acquérir. Il faut utiliser les énergies et ressources humaines, et les projeter dans le monde céleste et dans le futur.

Cinquième Séquence
Personnifiée par le couple symbolique formé par les apôtres Jacques-le-Mineur et Thaddée.
- L'apôtre Jacques le Mineur correspond à la place que l'on occupe dans la société et les risques que cela implique. Appelé frère du Seigneur et surnommé le Juste, par tous, l'apôtre fut le premier évêque de Jérusalem, mais peu à peu ses prédications irritèrent la foule qui se détourna de lui. On le jeta à bas du Temple puis on le roua de coups et on le tua avec un bâton de teinturier. La légende de l'apôtre Jacques montre la responsabilité que doit assumer celui qui porte un message devant le public. Chaque parole doit être mesurée et maîtrisée. Chaque mot doit viser les étoiles et non la gloire ou le pouvoir sur les hommes. Il faut rayonner la lumière dans le monde, mais maîtriser parfaitement le pouvoir spirituel.
- L'apôtre Thaddée fut envoyé, après l'Ascension du Seigneur, vers un roi lépreux qui avait demandé la visite du Christ. La Légende Dorée ne rapporte aucun fait concernant l'apôtre Simon qui n'est mentionné que pour avoir été le compagnon de Thaddée.
Dès qu'il vit l'apôtre, le roi comprit à la splendeur de son visage qu'il était vraiment un disciple du Christ. Thaddée frotta le visage malade du roi avec une lettre écrite par le Christ lui-même et aussitôt le roi recouvra la santé. Après cela il prêcha dans différentes contrées.
Cette phase montre que le disciple est entièrement au service de la lumière qu'il sert et annonce. Devenu à son tour messager, il transmet partout la vision spirituelle qu'il possède. Tout son être témoigne, montrant ainsi que celui qui se met au service de la Lumière devient Lumière lui-même.
Harmoniser ces deux phases de l'expérience consiste à extérioriser et installer dans le monde ce que l'on a acquis par l'expérience et l'enseignement. Cette séquence montre l'importance de la pureté des intentions, et la puissance de la parole car les résultats reflètent la réalité spirituelle vécue.

Sixième Séquence
Cette séquence est personnifiée par le couple symbolique formé par Judas et Matthias.
Dans les Evangiles, Judas et Matthias ne sont jamais cités ensemble, car Matthias ne fut pas l'un des douze disciples. Cependant, sur le plan symbolique, ces deux personnages sont complémentaires spirituellement et symboliquement.
Judas illustre le terme d'un cycle d'existence, pour le Seigneur et pour lui-même, tandis que l'apôtre Matthias débute le nouveau temps où la personnalité physique du Christ est remplacée par la vision spirituelle et lumineuse qu'en ont conservé ceux qui l'ont accompagné.
- L'apôtre Judas illustre le passage redoutable où tout peut se désintégrer ou être transformé en pure Lumière, à la manière des transformations alchimiques amenant le plomb vers l'or. La phase de Judas demande l'abandon de ce qui conditionne l'être depuis toujours. C'est le temps de notre ultime lâcher prise, le moment de franchir, peut-être douloureusement, la dernière porte qui mène vers la lumière et de sortir victorieux du monde des ténèbres de la matière.
- L'apôtre Matthias est le treizième élément de l'ensemble des apôtres. Elu, tiré à la courte paille, c'est-à-dire à la grâce de Dieu, Matthias initie un nouveau cycle, et le premier moment d'un temps de conscience à venir. Cette situation assure la pérennité des cycles d'existence. Après l'absence de la figure lumineuse du Christ et la ténébreuse face de Judas, pourtant complémentaires, Matthias pose la première pierre du Temple universel à venir, édifié à la manière de celui de Thomas, dans un nouveau Ciel et pour une nouvelle Terre.
Comme l'apôtre Pierre, choisi par le Christ, initiait le labeur au début du cycle, Matthias, choisi par Dieu, illustre l'ultime expérience et annonce la souveraineté à venir. Il représente ainsi un moment prophétique amenant l'individu vers sa libération et la maîtrise de toutes ses énergies.
Harmoniser ces deux phases de l'expérience exige courage et lucidité, et une conscience globale. Elle impose que l'on harmonise l'ensemble de l'expérience et des enseignements acquis depuis le début du chemin. A ce point, il est indispensable de relier sans aversion ni attirance, un temps fini et un temps nouveau, la mort physique dans les ténèbres et l'avènement de la lumière.


Extrait de : La Symbolique des Apôtres, de la Légende Dorée au Zodiaque (Editions Dervy)