Le Sphinx nous communique...

 

Les Chevaliers et la Tradition

 

 

 

 

Lorsque les derniers Chevaliers, les yeux encore emplis des merveilles rencontrées dans le vaste monde, s'endormirent à tout jamais près des pierres de leur château où reposaient déjà leurs princesses et leurs rêves, lorsque les fiers donjons ne furent plus que ruines lugubres, perchées au sommet des monts, s'éteignit à tout jamais la Queste du Saint Graal.

Abandonnées les conquêtes d'Arthur, les chevauchées de Lancelot, les prouesses de Galaad et les combats terribles de Perceval, oubliée cette Table Ronde où l'honneur tenait plus de place que la ruse des paroles et la force des glaives. Viviane et Merlin firent des îles de l'Ouest leur unique demeure, où n'abordèrent plus que les navigateurs assez hardis pour affronter les vagues froides des sombres océans du Nord. Ils furent peu nombreux, et seuls quelques îlots embrumés se souviennent de leurs marques. Arthur dormait et les flots à tout jamais dissimulaient l'invincible Excalibur.

Cependant, les bardes des pays bretons, les ménestrels de langue d'Oc et les troubadours de langue d'Oil, relatèrent les exploits de ces héros disparus, chantèrent leurs louanges dans des poèmes que chacun dès lors se transmit, de génération en génération, de mère-grand en Légendes, de Lais Féeriques du Moyen Âge en contes de la Mère l'Oye.

Ainsi se transportèrent les Connaissances et les récits de ceux dont les forêts acclamaient la bravoure. Eux, qui jadis faisaient reculer les dragons enflammés et jaillir les sources au choc de leurs épées flamboyantes, renaissaient, veillée après veillée, dans le crépitement des flammes de l'âtre domestique. Vieillards et jeunes enfants, femmes et hommes, communiaient alors dans des rêves infinis, prenaient des forteresses et finissaient par honorer de leurs chants respectueux tel être d'exception demeurant, lointain, dans un château inaccessible. Mieux, ils devenaient parfois Maître du palais, Souverain respecté du Royaume.

Dans cette féerie collective, seul l'Amour pouvait vaincre les murailles, tendre des ponts au-dessus des ravins, faire d'un gueux un intrépide héros triomphant des monstres et des diables, transformer un paysan en seigneur sans rudesse.

Si le voyage était possible pour chacun, bien peu de concurrents devenaient des champions. Un épuisant apprentissage était nécessaire car un long parcours aux épreuves redoutables séparait l'élan généreux du château convoité. Cependant, pour tous, le jeu en valait la chandelle : celle que précisément tenait Pierrot dans la noirceur de la nuit.

Ainsi, les Légendes de l'Ouest s'inscrivirent-elles dans le sinueux chemin du Labyrinthe venu de la Grèce ancienne.


Voir: Lancelot et la Reine du Graal, Dictionnaire de l'Art Roman, Perceval