Le Sphinx nous communique...

 

La première image du Christ

 

 


1200 ans avant le suaire de Turin

 

La Première Image du Christ

 

(Légende de l'Apôtre Thaddée (Jude)

 

Dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine, on peut découvrir un récit qui raconte qu'un jour, Abgare, le roi d'Edesse, écrivit à Jésus le message suivant :

- "...Ayant entendu raconter de vous toutes ces merveilles [c'est-à-dire les guérisons d'infirmes et de malades opérées par le Seigneur], je pense soit que vous êtes Dieu, soit que vous êtes le Fils de Dieu. C'est pourquoi je vous écris pour vous prier de venir me voir et me guérir d'une douleur qui me tourmente depuis longtemps. J'ai su que l'on murmure contre vous et que l'on veut vous faire un mauvais parti, venez donc chez moi ; j'ai une ville, petite, mais convenable qui peut suffire à deux personnes.

Le Seigneur répondit :

- "Après mon Ascension, je vous enverrai un de mes disciples pour vous guérir et vous vivifier".

Selon Jean Damascène (Jean de Damas), Docteur de l'Eglise grecque (mort en 749), Abgare, comprenant qu'il ne pourrait pas voir le Seigneur en personne envoya alors un peintre à Jésus pour qu'il fasse son portrait, afin qu'il puisse contempler l'image de celui qu'il ne pouvait approcher physiquement. Malheureusement, quand le peintre fut auprès de Jésus, il ne put regarder distinctement sa face, ni tenir les yeux fixés sur lui, à cause de l'éclat extraordinaire qui partait de sa tête, de sorte qu'il ne parvint pas à le peindre comme il en avait reçu l'ordre. Considérant cela, le Seigneur prit un vêtement qui servait de linge au peintre et, le mettant sur sa figure, il y imprima ses traits puis le renvoya au roi Abgare. Selon la légende, le portrait montrait que le Seigneur : "... avait de beaux yeux, des sourcils épais, la figure longue et légèrement penchée... ".

Après l'Ascension, Thaddée se rendit auprès du roi Abgare comme l'avait promis le Seigneur. Or, comme Abgare était lépreux, Thaddée prit la lettre du Seigneur, en frotta la face du roi et aussitôt il recouvra la santé la plus parfaite.

Cette lettre de Jésus-Christ avait une telle vertu, que les habitants de la ville d'Edesse ne pouvaient souffrir sous la botte d'un tyran ni des criminels. S'il arrivait que des guerriers viennent attaquer la ville, un enfant, debout au haut de la porte, n'avait qu'à lire la lettre écrite par le Seigneur et le jour même les ennemis s'enfuyaient pris de peur, ou demandaient la paix avec les habitants. Cependant, la ville fut prise un jour et profanée par les Sarrasins car elle avait perdu son privilège en raison des péchés innombrables qui s'étaient commis dans toute la région.

Il est certain que le souvenir de la légende de ce portrait eut, dans le monde chrétien, un curieux prolongement avec le suaire de Turin, lequel donne toujours prise à de nombreuses polémiques. La différence est cependant importante entre les deux portraits puisque le linge détenu en Italie est présenté, non comme étant une image offerte "volontairement" par le Seigneur, mais comme la marque posthume laissée par le corps pendant son séjour (provisoire) dans le tombeau. La distinction est saisissante et illustre bien ce qui sépare la symbolique traditionnelle du fétichisme religieux.

Dans la légende originelle, le Seigneur lui-même prenait l'initiative de transmettre à un être particulier (élu par lui donc), une marque personnelle tandis qu'à l'inverse, dans la version turinoise, la plus connue, c'est l'image d'un visage appartenant déjà à un cycle gagné par la mort physique qui est montré.

Le bienheureux roi Abgare fait donc partie de ces privilégiés qui semblent recevoir, croire et comprendre immédiatement les messages divins, qui les guérissent et les revivifient, leur permettant de poursuivre leur chemin sans effort apparent, sans conflits ou drames particuliers. Il faut cependant remarquer qu'il s'agit d'êtres ayant déjà fait une démarche spirituelle les rendant sensibles aux messages qu'ils entendent. Ces personnages peuvent et veulent utiliser ce qu'ils reçoivent puis le rayonner autour et loin d'eux-mêmes, hors de leurs limites, murs ou peau, selon ce que symbolise l'utilisation faite de la lettre du Seigneur. Ce principe se vérifie chez tous les êtres réceptifs. Ce "miracle", que l'on peut aussi appeler : "Connaissance initiatique active", fonctionne sur trois niveaux comme tous les symboles : physique, mental et spirituel.


Symbolique des apôtres, Itinéraire initiatique de la Légende Dorée au Zodiaque (Editions Dervy)