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Saint Bernard

 

Bernard de Fontaines

 

La famille de saint Bernard était originaire de la région dijonnaise. Son père, le chevalier Tescelin, seigneur de Fontaines, vassal du Duché de Bourgogne, était surnommé le Sor, car il avait les cheveux de couleur fauve, proche du roux comme ses ancêtres Burgondes. Ce nom de Sor est à l'origine de tous les Sorel de France.

Le chevalier Tescelin avait épousé dame Aleth, issue d'une noble famille de Montbard, et tous deux eurent sept enfants, dont Bernard, vraisemblablement né entre avril et août 1090.

Selon Guillaume de Saint-Thierry, hagiographe de saint Bernard (Vitæ Bernardi), un rêve prémonitoire annonça la naissance de l'enfant, et la vie exceptionnelle qu'aurait ce troisième garçon de Tescelin le Sor. En effet, alors qu'elle était enceinte, dame Aleth vit en songe un chien blanc au dos couvert de taches rousses qui aboyait bruyamment. Un ermite consulté assura aussitôt que l'enfant à venir serait un prédicateur zélé qui ne se tairait pas, car dans la symbolique médiévale (notamment dans les commentaires de Grégoire le Grand), un chien annonçait les prophètes et les prédicateurs, à la fois vigilants et mordants, chassant sans ménagement l'injustice et les fautes. C'est ce que fit Bernard, élevé avec le sens de l'honneur et de la justice par son chevalier de père.

Il faut cependant reconnaître que la naissance d'un grand nombre de personnages illustres, ou de saints du christianisme médiéval, fut précédée par de tels rêves, ce qui tient certainement plus compte des littéraires d'une époque que d'une réalité historique.

Après avoir suivi l'enseignement des chanoines de Châtillon, surnommés chanoines de Saint-Vorles, consacré notamment au trivium, études qui comprenaient la grammaire, la dialectique et la rhétorique, Bernard de Fontaines, âgé de 22 ans fut reçu dans le monastère de Cîteaux par l'abbé Etienne Harding au cours de l'année 1112.

En réalité, Bernard ne se présenta pas seul car il avait entraîné avec lui une trentaine de compagnons, parents et amis qui revêtirent aussitôt la tenue cistercienne de laine écrue. Dès la fin de son noviciat, Etienne Harding envoya Bernard et quelques moines dans un domaine aride et abandonné proche de Bar-sur-Aube et curieusement nommé Val d'Absinthe (c'est-à-dire d'amertume). Sans rechigner, Bernard et son groupe s'installèrent dans ce lieu désolé mais bientôt, par leur travail, leur intelligence et leur foi, ils le transformèrent en Clairvaux, ce qui signifie la Claire Vallée.

Val d'Absinthe et Clairvaux.

Transformer le Val d'Absinthe en Claire Vallée, l'amertume en Lumière, est l'acte d'une communauté menée par une volonté physique, intellectuelle et spirituelle hors du commun. Cela a pu apparaître aussi comme un acte druidique, voire chamanique, tant cette transformation du monde végétal naturel était une pratique habituelle dans les récits d'origine celtique.

L'absinthe symbolise l'amertume et le poison, comme le montre le verset 11 du chapitre 8 de l'Apocalypse de saint Jean, où l'absinthe donne son nom à une étoile empoisonnant le tiers des eaux de la Terre. Cela se passe au moment de l'ouverture du Septième Sceau.

On ne manquera pas d'observer que Tchernobyl, le nom de la centrale nucléaire ayant empoisonné l'atmosphère et la terre, signifie précisément absinthe dans la langue russe.

Evoquant l'atmosphère de Clairvaux, Guillaume de Saint-Thierry écrivit :

- Nul n’était oisif. En dehors des heures consacrées au sommeil et à la prière, les frères s’affairaient avec la houe, la faux et la cognée, cultivant la terre sauvage et défrichant la forêt. Et, bien qu’il y eut de grandes multitudes dans la vallée, chacun semblait solitaire.